06/02/2018

Bleu Spa

Alors que la place est blanche, le ciel gris, le vent violent, je vous mets du bleu de spa. Celui des bouteilles et des cures de jouvence. A guetter les éclaircies, il arrive qu'on soit surpris de voir la vie qui défile sans crier gare. La mienne se résume trop souvent à des trains. Celui-là était incertain, comme une période romaine qui s'achève, comme une page qui se décolle. Comme la fin d'une histoire qui marque aussi un nouveau départ. Celui-là était chaotique, comme un samedi, avec changement dans une station à l'abandon, sans indication. Un quai sans nom, une voie unique, un escalier, un couloir, un cauchemar. Après, le tortillard, qui arrive d'Aachen tout seul comme un grand avec deux voitures, nous conduit vers la perle des Ardennes. Tout un poème. Sur la place grande, Souchon rame, rameurs, ramez. Même le bleu pique aux yeux.

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C'est la fin du sapin !

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Funiculaire qui monte, qui monte...

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Moulin qui n'est pas de Daudet

Dans les bains, se baigner. Se détendre, se relaxer, se reposer. Tourbillonner. Et puis discuter. J'aime bien ces moments volés, qu'ils soient mouillés ou apaisés. L'amitié retrouvée, la complicité renouvelée. Le temps en suspens. Les jours qui s'étendent. Vivement le printemps. Faudra-t-il encore longtemps nager à contre-temps ? Depuis que l'apprentie japonaise est revenue, elle fait du chinois. Depuis que l'apprenti architecte est arrivé, il fait des dessins. Et moi, je fais des plans sur la comète !

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Cadeaux du Japon

09:24 Publié dans Evasion | Lien permanent | Commentaires (1)

11/01/2018

Un et huit font l'an neuf

Déjà un mois passé, une année au calendrier, une page s'est tournée. D'avoir tardé à écrire, pouvez-vous me pardonner? Du Japon, l'étudiante est rentrée, en bonne santé, un peu déboussolée, s'exprimant par onomatopées, souriant gentiment en inclinant la tête mais ça n'a pas duré. Les lumières sur la place brillent toujours, le sapin dans la cour se maintient, la neige a rapidement fondu, noël s'est dissipé. Les soirées j'ai prolongées, avec des réveillons sans bouchon. De rapports à boucler en dossiers à terminer, les heures ont sonné sans compter. Il y avait bien plus de douze coups. 

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Cerisier du Japon, au Japon !
En fleurs à Tokyo, fin décembre
(variété spéciale, photo© de l'étudiante)

Quand l'heure vient, personne n'est jamais vraiment prêt. Une amie pour une opération, en confiance, est partie. Le voyage a mal tourné, infectée, réopérée, bien puis mal soignée. Elle a passé le mois de décembre à décliner avec le jour. Rien de tel qu'un hôpital pour être incertain du lendemain. A la Saint-Stéphane, qui est aussi comme chacun sait la Saint-Etienne, elle s'est éclipsée sans attendre l'année nouvelle. Elle avait un coeur gros comme ça et peut-être que —vraiment— ça ne se guérit pas...

A Saint-Rémy, qui n'est pas en Provence, dans l'église, en blanc avec du noir, éviter le fou-rire. Se rappeler pourquoi des cérémonies laïques j'ai voulu ordonner. Non, décidément, la grand messe, avec récupération des ouailles, quête et prières imposées, est un exercice bien dépassé. Un autre hommage, plus conforme à la personnalité disparue, aurait pu être rendu. A l'issue de la cérémonie, des civils mieux inspirés se sont heureusement montrés plus convaincants. Et la défunte —fait très étonnant— avait elle-même écrit un texte d'une belle profondeur et d'une grande tristesse. Dernière pirouette d'une comme aucune, qui aimait tant rire de la vie. Certains parfois se préparent mieux que d'autres.

Après le cimetière, la bouffée de souvenirs, l'oppression du temps remonté, la plongée fut plus vertigineuse encore à revoir des amis anciens, des visages familiers devenus ridés. Mettre des noms oubliés sur des traits fanés. Combien d'embrassades et de questions ? Parler à celles qui m'espèrent en Avignon, à ceux qui me savent à Liège. D'autres ignoraient jusqu'à mon départ de la néoville, depuis trois ans et demi, quand même ! A mes côtés, l'étudiante lumineuse, en jeune adulte présentée. Ce retour, en des lieux trop longtemps hantés, avait quelque chose d'halluciné, comme un rêvé éveillé. Appuyer sur la touche escape.            

Retour à Liège. Le chat s'évade toujours aussi facilement et rien ne change vraiment. Alors que les jours rallongent enfin, que le gris est toujours aussi gris, qu'on guette la moindre éclaircie, qu'on se réjouit de l'absence de pluie, on se demande de quoi sera fait dix-huit. Et quand on pourra redescendre au bleu. Et quand l'étudiante pourra retourner au Japon. La vie qui continue. Avec ses interrogations, ses soucis, ses emballements, ses espérances et ses incertitudes. 



Bono Annado ! 
...et pour le même prix,
je vous mets un Bono jeune.


Comme on dit en Provence : "A l'an que ven ! Se sian pas mai, que siguen pas men". Ce qui signifie, vous l'aurez compris : "A l'année prochaine ! Si nous ne sommes pas plus que nous ne soyons pas moins"... Et j'en connais déjà qui vont augmenter le quota! Très sincèrement, souhaiter que votre année soit douce et légère !

16:56 Publié dans Avenir, Spleen | Lien permanent | Commentaires (1)

10/12/2017

Bleu sapin

Cette année, j'avais envie d'un sapin ! C'est de saison, me direz-vous, ça sent le sapin de partout, en ces jours incertains. Les plus fameux prennent la peine de mourir le même jour, ce qui démultiplie les hommages sans les annuler. Seul l'imaginaire populaire peut croire que la date du grand départ signifie qu'on va voyager accompagné. Quelle naïveté, comme de croire qu'un grand saint va venir par la cheminée remplir les petits souliers des enfants sages, qu'on a bien drillés à éviter de trop penser en leur mentant sciemment. Mais c'est tellement charmant, n'est-ce pas... touche pas à ma croix !   

Ainsi, par exemple, le 10 décembre. Jour de la Déclaration universelle des droits de l'homme et date du décès du très vilain général Pinochet, quelle ironie ! Jour de naissance d'un ami très cher, ancien déjà qui n'est pas encore un ancêtre, et date du décès de ma mère très chère, comme si c'était hier, quelle tragicomédie ! Et quel rapport? Aucun, la même année pour chaque paire d'évènements mais au-delà... il n'y a pas d'au-delà! Seulement une date qui revient à chaque fois. Demain, le 11, c'est la fête des Daniel & Danielle. Ca tombe bien, ce sont aussi des amis très chers. C'est aussi la date anniversaire de ma mère mais j'ai arrêté de compter. J'espère seulement trouver du mimosa au marché, la prochaine fois... car aujourd'hui, la Batte, c'était ça !

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Aucune navette ne circule sous la neige !

Si vous en doutiez, c'est confirmé, l'hiver est arrivé ! Et donc, Noël ne devrait pas tarder à se pointer. Et l'étudiante de rentrer. Et le sapin de s'imposer. Pas la peine d'aller le chercher loin, sur la place, je l'ai trouvé, à ma porte déposé! Comment résister ? La dernière fois que j'ai acheté un sapin, un vrai qui sent, c'était peut-être il y a 20 ans. Et je me suis dit "plus jamais". Le choisir, le payer, le porter, le transporter, le sortir du coffre de la voiture que je n'ai plus, le faire tenir en équilibre, le protéger des félins. L'épreuve ultime étant de le garnir, avec ma mère, avec ma fille, jamais d'accord sur rien des choses qui brillent en vain. Puis la photo traditionnelle, avec l'oncle qui viendrait, pas même déguisé en barbu de circonstance. Ensuite, le traîner tout déplumé jusqu'au vallon transformé en feu de sapins des bruyères. 

De ces temps enfouis ne restent que quelques boules et quelques guirlandes, d'abord posées sur un sapin artificiel, qui a fini sa vie dans la cave inondée. Aux abonnés absents, le résineux, depuis douze ans certainement ! Depuis, on triche très bien avec les bougies et les lumières, les autels et les tiroirs à cadeaux. Les chats n'ont qu'à bien se tenir. Donc, cette année, je ne sais pourquoi, j'ai ramené un sapin ! Mais où le mettre ? Dans la cour, pardi...

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Et c'est là que le miracle s'est produit ! D'abord, il a neigé. Ensuite, chacun.e s'est intéressé.e au conifère mystérieusement posé au milieu du pavé. Et d'apporter, qui une guirlande, qui une étoile, qui des cloches, et demain des lumières, et après des boules. Chacun.e s'est approprié le sapin à décorer. Même le chien ne devrait pas tarder à pisser dessus ! L'autre cabot est parti en Espagne, passer Noël avec sa maîtresse au soleil. Il m'arrive de l'envier et le grand bleu d'Avignon regretter, j'avoue.

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Au
Village
de Noël,
je me suis
promenée...
Les frères et soeurs,
les ami.e.s sont passé.e.s
Si l'envie vous en dit !
Il y a des sapins partout,
du vin chaud, des boudins, du chocolat,
du nougat, du saucisson,
des cornichons...

 

30/11/2017

Blur

En ce jour de saint-andré, avec et sans croix du même nom (on ne se refait pas), et qu'on ne fête pas on se demande bien pourquoi, je vous reviens! Enfin ! Qui a dit, c'est pas trop tôt, on a failli attendre ? Je vous embrasse. Il paraît que durant le mois de novembre, les mammifères sur Terre vieillissent trois fois plus vite que le reste de l'année. Personnellement, cette explication que je n'ai pas encore pu vérifier auprès de la faculté me convient parfaitement! De manière empirique, les jours de novembre me paraissent bien plus courts et passent surtout beaucoup plus vite. Longtemps, j'ai crû que c'était l'impatience de fêter l'avent et plus prosaïquement mon anniversaire. Mais que nenni ! A chaque jour qui passe, je prends une demi-année. Un maux par-ci, un mal par-là, et les yeux, et les dents, et les reins, et les nerfs, et la tête, alouette. Voyage aller sans retour.

Or, donc, en ce beau mois qui file si vite, j'ai retrouvé plein d'amis, qui me rappellent qu'il y a encore du monde dans le train. Et que nous vieillissons pareillement mais certains plus rapidement. Je suis retournée à la ville nouvelle qui est pleine de vieux!  Disons des seniors, des anciens, des vétérans, pour parler correctement et même politiquement. Des vieillards argentés, et pas seulement de la tignasse, qui sortent de partout. Aisés et bien habités. Rien à voir avec les mal-nippés de la cité ardente. Comme s'ils avaient gardé leur vert loden, sans jamais en changer, depuis leur première année d'université. Logiquement, aujourd'hui, ils fréquentent l'université des aînés. Ou le musée. Le nouveau musée de la vie ancienne. 

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Ceci n'est plus une bibliothèque...

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Ceci est ma bibliothèque préférée,
vous savez où elle est située ! 

(photo de Jérôme Orlandini)

Or, donc, dans ce musée nouveau, il m'est arrivé de croiser beaucoup d'anciens, que j'ai reconnus, que j'ai ignorés, qui ne m'ont pas reconnue, dont j'ai oublié le nom, qui se souvenaient de mon prénom. Dans et hors le musée, au cinéma, dans la rue, sur la place, sur le chantier, tant de figures familières surgies d'un passé englouti, tant de visages ensevelis sous les feuilles d'accumulées. Ceux avec qui on parle comme si on s'était quitté hier, celles à qui on dit qu'on va s'écrire demain. Travail de mémoire, arrêt sur image et retour sans espoir. Plongée vertigineuse dans ce grand foutoir.

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Musée culte...
'y a de la fesse mais pas que !

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Où on voit bien que saint-nicolas ne porte aucune croix...

Ensuite, me suis promenée hors les murs, dans mon quartier préféré qui est aujourd'hui déserté. Sans chercher loin, il y avait une biennale d'art contemporain, qui nous fait gagner un an chaque année! Non loin de l'ancien marché aux jouets où, hier encore, je me prenais pour le grand saint à remplir ma hotte. Non loin de l'atelier de dessin où, hier encore, je jouais du crayon et du fusain. Je vous mets la photo et je vous laisse deviner.

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Quatre oeuvres sont ici cachées,
 saurez-vous les retrouver ?

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 Je vous laisse méditer... et je reviens
très vite, avec la suite !

PS : Pensée particulière pour tou.te.s ceux et celles qui m'appellent toujours la maman de ma fille ! Et merci encore pour l'accueil chaleureux dont j'ai bénéficié en la neuve cité. 

Ci-joint, un lien qui fait du bien,
une chanson de BLUR

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(ceci n'est pas du japonais)

Cliquez et écoutez !


05/11/2017

Devinette (2)

Quelle est cette ville ?

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Le vent qui souffle là-haut n'est pas mistral...

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408 marches... à descendre

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Ça swingue par mal...

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Bleu Chagall qui passait par là...

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Perle de la Haute-Meuse !

Ici est né l'inventeur du saxophone.

Ici, de Gaulle fut blessé lors d'un grand massacre.

Ici, une abbaye a donné son nom à une bière bien connue, et de grande exportation, sans jamais la produire !

Ici, on fabrique des biscuits qui cassent les dents.

Ici, les artisans qui travaillent le cuivre
sont des... 

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Question  d'actualité :
au vu de cette oeuvre, finalement,
Miro est-il Catalan ou Espagnol ?

22:44 Publié dans Culture, Jeux | Lien permanent | Commentaires (6)

01/11/2017

Casta Diva

Les feuilles ont jauni, les pommes du pommier sont tombées. Il y a du vent et peu de pluie. Les arbres de la place sont chaque jour un peu plus dégarnis. Il y a un soleil doux qui invite à la promenade, puis un froid qui saisit. J'ai encore perdu un bout de dent, signe que ça se déglingue. Les jours raccourcissent ou c'est moi qui vieillit ? La lumière a pâli. Peut-être que l'heure a changé?  Elle est où la bonne heure, il est où le bonheur ?  —Hommage conjoint à Christophe de Carpentras et à Dany Mauro d'Hier et de Demain qui l'imite si bien— Celui-là me fait rire. Ses mots sont drôles et ces moments-là sont précieux. Ils font rajeunir.

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Où on s'aperçoit que le chantier est presque terminé, que la façade n'a pas été ravalée mais qu'on a repeint les châssis.

Donc, l'autre soir, j'ai été voir "Le Sens de la fête" au ciné haut perché de la Sauvenière. Sauve qui peut, la salle était pleine à craquer ! Et moi écroulée. De rire, bien sûr. C'est vif, intelligent, rythmé, facile parfois, subtil aussi. Jean-Pierre Bacri, qui a bien vieilli, est excellent, évidemment. Il y a aussi un jeune blanc-bec, ambitieux et prétentieux, qui me rappelle quelqu'un mais qui...? Foule de personnages décalés. Et puis, Jean-Paul Rouve qui campe un photographe qui n'a plus rien à photographier. Aux mariages, désormais, tout le monde s'improvise artiste, éphémère et virtuel. Qui regarde encore les photos de paysages, de visages et autres selfies, prises en rafale et qui font trois fois le tour du monde avant d'être rangées dans un fichier qu'on effacera un jour par mégarde ?

Photographe, ce n'est plus un métier sérieux! Pas plus que chroniqueur. Tout le monde écrit désormais sur tout et n'importe quoi. TripAdviQuoi? Tu veux pas mon avis, je le donne quand même. Imprimeur, pas mieux, on oublie. Chacun fait son tirage, sa copie, sa photocopie. Et même plus besoin de copies, on va économiser du papier et sauvegarder les forêts. Editeur serait un métier en voie de disparition. Alors, peut-être, artiste peintre, mais pour exposer où ? Encore une belle galerie qui va fermer au pied du Lubéron. Ce n'est pourtant pas que l'argent manque par là. C'est que l'envie d'être encore ému a disparu. Les temps sont révolus, tant de mystères non résolus...

Alors, profiter de chaque moment de répit comme un cadeau. Quand la douleur fait relâche, quand les nuages s'éclipsent, j'affrète mon yacht privé pour aller travailler ! Je rigole. Bien sûr, je partage avec d'autres la chance d'avoir une ligne fluviale qui m'embarque à 100 m de chez moi et me dépose à 200m du bureau. Et quand personne ne monte à bord, je profite de la grande salle pour écrire quelques notes, un bout de rapport qui ne saurait attendre. La Meuse pour moi seule, c'est assez fabuleux !

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Vue imprenable sur la Belle Liégeoise

Pourvu que ça dure ! Mais rien ne garantit que l'an prochain la navette reprendra du service, si nous sommes trop peu nombreux à savoir en profiter. En amont, entre Givet et Dinant, un beau projet de croisières ardennaises a pris déjà l'eau, faute de combattants. C'est très décourageant pour ceux qui se lancent, souvent avant l'heure.

Sinon, la vie est formidable ! Aussi quand la technologie s'en mêle ! Je n'arrête pas de m'étonner de pouvoir parler, en direct, à l'étudiante à l'autre bout de monde (avec des images assez nettes et un son très correct). Elle va bien, elle ronchonne parfaitement, elle voudrait pouvoir visiter davantage mais doit étudier de manière intensive. Les conjugaisons à décliner, la grammaire et le vocabulaire. J'imagine volontiers. L
e français me suffit pour la précision des mots, les difficultés qu'il recèle et les innombrables exceptions qu'il faut expliquer à l'étudiante italienne. Décrypter les textes du grand Georges et replonger dans le petit Robert. Ne pas nier que ça m'amuse. J'aurais dû être prof ! Et puis, é bella la vità ! L'autre soir, faute de place sur place, j'ai opté pour l'opéra de Liège, en direct, sur écran miniature avec miaulements. Le grand luxe, regarder la Norma allongée avec mes chats. Casta Diva, c'est déjà çà !

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Je vous ordonne donc la paix !

25/10/2017

Octobre '17

Ce mois-ci, à chaque fois que j'écris la date, je me surprends en pleine révolution! A mon arrivée sur le perron, '14 a marqué en fanfare et en musique le début du tragique. A présent, j'attends avec impatience la fin des ennuis, la fin (provisoire) du cursus de ma fille, la fin de l'année '18. Quatre années liégeoises. Quatre années de guerre pour ma grand-mère qui perdit sa mère, vit son père disparaître, son frère s'éloigner. Après, un mariage, un veuvage, puis un remariage. Avec un Russe blanc. Pourquoi blanc, je demandais alors enfant. Blanc parce qu'il avait fui les Rouges. Immigré, déjà? Réfugié, certainement. Il n'a pas fait le taxi à Paris, ni même Uber à Anvers. Mais il est mort d'un accident de la route, non loin du Ruppel, en '40 et quelque. Ce n'était pas une tranchée, ce n'était pas le bout du monde, ce n'était pas la mer à boire.

C'était Boris, qui avait fui à travers les bois de bouleaux, les forêts noires, jusqu'à Liège. Je ne sais comment, ni quand il est arrivé. Juste avant la guerre, la seconde, la dernière, réussir à épouser une veuve aisée et ses deux enfants relevait de l'exploit. Juste après la liquidation du magasin Chine & Japon, où il était sans doute, peut-être, déjà entré comme commis-livreur. Quelle erreur. Quelle mésalliance pour ma grand-mère qui perdit tous ses amis, d'un coup, d'un seul. Elle ne m'a jamais dit combien elle l'aimait. Ou pas. Chez ces gens-là, on ne parle pas de ces choses-là. Ensuite, spasiba, les oeufs peints et les matriochkas, ont traversé l'esprit de famille.

Ma grand-mère avait le goût de l'exotique. Elle, qui écrivait si facilement en anglais, s'amuserait de savoir l'étudiante au pays du soleil levant qui l'a fit tant rêver. Qu'elle irait voir les temples, participerait à la cérémonie du thé, écouterait du koto, expliquerait en japonais ce qui fait l'art et la chanson. Maudite chanson que j'ai inventée au soir de sa naissance... Mamémé aurait été ravie de savoir que l'apprentie musicologue avait choisi d'étudier Lakmé, son air préféré. Sans le savoir! Et moi, combien étonnée, de voir que l'imaginaire des unes traverse les années des autres. A travers le temps, flotte un parfum. 

Alors, Octobre '17, pour moi c'est toujours la révolution des travailleurs, la révolution de tous les possibles. L'espoir, puis le désespoir. On parlait alors de la Russie, de la Russie bolchévique, de Trotski et de Lénine. C'était juste avant la formation de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques. URSS, je l'écris en toutes lettres, parce que certains ont tendance à oublier qu'elle a existé. Comme ce professeur d'histoire politique de la très pauvre université de Liège! Ce qui fait bondir l'étudiante italienne. Elle, elle sait et elle réfléchit. Lui, il parle sans complexe de la Russie de Staline ou de la Russie durant la Guerre froide... Il arrive que l'histoire s'efface! Ou que —par ignorance ou pire indolence— on transmette des informations erronées à des générations de jeunes gens trop peu curieux. Heureusement que les plus malins veillent. Il ne faut jamais oublier de raconter ce qui s'est passé.

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Le Palais des Congrès,
construit en 1958 (époque Khroutchtchev),
le rouge a bien pâli !

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Ceci n'est pas le jet d'eau de Genève,
siège de la Société des Nations,
(1920 - 1946)
créée pour préserver la paix, il paraît...

 

12:47 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1)