08/10/2015

Blue Moon

Je vous assure, la lune rousse était bleue, l'autre nuit, en y regardant de plus près et avec des jumelles ! Elle est bleue, tout pareil, à Avignon, en plein jour, en y regardant mieux et avec une loupe ! Place de l'horloge, que j'appelle république, aux couleurs d'égalité et de solidarité. La liberté recouvrée s'apprécie à l'intensité du bleu infini !

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Vous la voyez ? Vers tonze-heures-moins-dix...

Belle récompense après un voyage d'une désarmante banalité. Le premier train était à l'heure, et au départ de la gare. Le deuxième train était à l'heure, et à l'arrivée, l'ascenseur du quai dix fonctionnait. Le train à grande vitesse était à l'heure, et les douaniers au rendez-vous. On s'habitue à tout. Parler de tranquillité serait pourtant exagéré. Le train à destination de Nice est limité à Marseille, la faute aux intempéries. La voie ferrée a été coupée, comme dans une case du Lotus Bleu®. Les appels contradictoires se succèdent. Vous en saurez plus à Saint-Charles surtout si vous allez à Draguignan. En attendant, le voiture-bar fonctionne et le dernier titre de Gilmour revient comme une obsession.

A Lille, la voiture à moitié vide devient à moité pleine. Mon voisin attitré a la bonne idée de renoncer à ma compagnie pour s'installer sur le siège avant qui se met à trembler, à vaciller et ploie sous le poids ! Il bascule comme le banc du fou ! Il a bien fait de ne pas insister pour prendre la fenêtre à mes côtés, la banquette n'aurait pas résisté ! Ce premier craquement n'était rien à côté de ceux qui allaient suivre. Boum, clac, pan, ta gueule, salope, reviens, prends-ça, pif, paf, takatakatak. C'est à ce moment-là que mon voisin, un autre de l'autre côté du couloir, s'est levé. Pour leur demander baisser le son. J'ai refermé un oeil, j'ai rouvert l'autre.

Impossible de dormir, malgré cette nuit trop courte, malgré les écouteurs, malgré Kula Shaker. Poum et boum, aaâaaaaaaaaaaaaaaah. D'où viennent ces cris de torture ? Une attaque surprise du train fantôme en Mandchourie ?  D'un bond, je vais les voir à mon tour. Ils sont deux, affalés, sacs à dos posés sur les sièges du carré qu'ils ont décidé de squatter. Le plus jeune et le plus bronzé, me dit qu'on leur a déjà dit ! Le plus âgé et le plus pâle, qui a l'air d'être le chef et le plus demeuré, me répète avec un sourire déformé, qu'il s'efforce de baisser le son quand il monte. Vous n'avez pas d'écouteurs ? Si, mais on est deux, me répond l'avachi qui s'en fiche.

C'est bien la première fois, qu'on a droit au son et lumière d'une bande-dessinée en direct. Bah... il finiront bien par descendre. Mais pas avant Ville de Lyon®. Quand le contrôleur arrive, tout sourire, professionnel jusqu'au bout du képi, il n'est même pas étonné qu'ils n'aient pas de billet, ni de réservation, ni rien qui fasse office de titre de transport. Ils n'ont même pas de pièces d'identité, ni carte, ni permis, ni preuve de rien.  "Je suis assermenté, comme un policier, vous devez me prouver votre identité !"

Il va jusqu'à plaisanter, "si je vous dis que je suis Alain Delon, vous me croyez ?" ... Silence consterné des intéressés, dont la culture cinématographique ne remonte pas jusque là. En cherchant bien, l'aîné finit par trouver le papier d'un centre d'hébergement, avec une adresse où sera envoyée la facture. Parce qu'ils n'ont pas d'argent, non plus. Quoi, 140 euros, monsieur l'agent, c'est abusé ! Le second contrôleur, qui a les yeux bleus qu'on dirait Alain  Delon mais en mieux, arrive à la rescousse. Il a été interpellé par ma voisine, celle de derrière, qui lui a courageusement demandé d'intervenir pour faire taire le boucan. Il signale aux intéressés que plusieurs personnes se sont plaintes de nuisances sonores.. Vous n'avez pas d'écouteurs ? Vous connaissez la réponse ! Il leur conseille d'aller squatter ailleurs, dans un carré séparé. Puis, à son tour, il dresse procès-verbal au gamin.  "Mais pourquoi pour lui c'est moins cher que pour moi", dit le crétin ? "Très juste, j'ai oublié la sur-taxe," répond le Samouraï imperturbable en corrigeant le montant.  

Ils sont partis. L'encombrant aussi, descendu à Lyon. Deux vieux potes anversois ont pris sa place. Ils ont commencé à éructer en flamand. J'ai remis Led Zep à donf, j'ai repris le vieux qui ne voulait pas s'endormir, je me suis endormie. J'ai guetté le Ventoux, aperçu Pierlatte, traversé le Rhône. Arrivée à bon port, avec quatre minutes de retard à peine. La liberté de voyager n'a pas de prix ! Enfin, si, quand même... Alors, il m'a pris l'envie de jouer les touristes, de redécouvrir la ville de mon coeur et le coeur de la ville, avec des yeux neufs. Toujours le même étonnement à regarder le bleu si bleu. Depuis trois ans, je ne m'en lasse pas et je continue à chercher les lotus !

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Le grand... 

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... et le petit palais, s'il vous plaît !

 

13:37 Publié dans Evasion, Voyage | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Superbement raconté, comme toujours ! :-)
Biz

Écrit par : Véro | 12/10/2015

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Merci Véro ! J'ai oublié de préciser que Bayard m'accompagnait, rassurant compagnon qui fait agréablement passer le temps ;-)

Écrit par : Miravignon | 12/10/2015

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