14/11/2015

Paris for ever

Le monde était en guerre, et nous, on revenait du concert. C'était une soirée où le vent s'était levé frissonnant, annonçant l'hiver. Au Philharmonique de Liège, ils jouaient Saint-Saens. C'est là que l'orchestre prend tout son sens, me soufflait l'étudiante, au pigeonnier bien installée. A la jumelle, admirer le premier alto et un très beau violoncelle, observer la blonde au basson et la japonaise en équilibre sur sa chaise. Au concert, on se divertit comme on peut ! Surtout quand on joue des pièces virtuoses d'Eugène Ysaye, qui s'est invité comme régional de l'étape. Et j'ai même ri, j'avoue, en pensant au post que j'écrirais, en rentrant, à mon ami du vendredi. Il est aussi cruel de passer Beethoven après Ysaye, que de passer U2 après Machiavel ! Musicalement s'entend. Or donc, la 8e de Ludwig était parfaite, harmonieuse, équilibrée, puissante, dynamisante. J'attendais confusément le deuxième mouvement de la 7e, j'espérais opportunément le final de la 9e. Quelque chose comme un hymne à la joie qui ne viendrait pas. Mais non, à ce moment-là, la 8e apportait juste une sorte de plénitude. 

En descendant du 6e par les escaliers, à défaut d'attendre l'ascenseur, je me demandais ce qu'on trouverait au 5e, au 4e, au 3e, au 2e, au 1er. Porte close ou porte ouverte ? Forcément, en cas d'incident. Je pensais à l'évacuation forcée d'un pareil bâtiment en plein concert. Et l'étudiante, qui a étudié la construction de l'opéra d'Avignon, me rassurait sur la conception des étages et l'importance des issues. Parvenues à la rue, il faisait noir et humide. A peine 22 heures. Arrivées sur le boulevard, le vent mauvais s'engouffrait. Le bus 4 est arrivé rapidement, à l'appartement nous sommes rentrées. Sans aller boire un verre, comme un vendredi 13, très sage. 

Le monde était en guerre, sur les écrans bleus, les sirènes pleuraient. Je n'ai rien posté que des larmes et de l'effroi. Le décompte des chiffres qui tombent. La carte sous les yeux, du 10e au 11e. Où est Voltaire par rapport à Cambronne ? Et merde. A côté, dans la rue de Belfort, on logeait. L'étudiante n'était encore qu'une écolière, et Paris on découvrait, à pied, en bus et en bateau à voile! Un jour, on fera le tour du monde... Les cafés du quartier on essayait, plus souvent on évitait. La vie nocturne, avec un enfant, ce n'est pas évident. Et puis, on n'a jamais été sorteuses les deux.

Mais ce soir, on a des places pour un concert de rock. Un concert de métal, qui fait mal. L'envie d'y aller est partie. L'obligation de ne pas renoncer est restée. Résister à la peur, enfiler un gilet pare-balle sur la colère et l'absurdité d'un monde en guerre. Continuer d'aimer Paris, d'aimer la vie en musique.


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