07/12/2015

Plusieurs nuances de bleu

A celles qui posent la question, oui, le ciel est encore bleu ! Mais teinté de gris, et ce dimanche, la pluie s'est invitée. Une sale pluie qui mouille comme en Nord-Picardie, et comme partout. Une pluie collante, qui suinte et s'infiltre. Une digue a cédé. On ne sait pas trop quand mais elle s'est rompue. Le flot est impressionnant, dégoulinant, dégoûtant. La marée monte, qui va pouvoir la contenir ? Il y a désormais plusieurs nuances de bleu. Du marine au royal, du ciel au bleu nuit. Le soleil se couche, faible lueur rouge, à peine rosée. Ami, entends-tu, le vol noir des corbeaux sur la plaine et les cris du fin fond des calanques ?       

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A ceux qui s'interrogent, oui, le voyage s'est bien passé. Voyage allongé, sans café serré, la faute aux contrôles de sécurité. Encore peu rodés, les policiers plein de bonne volonté ouvrent les valises à tâtons. S'en suit, une heure d'attente dans le froid d'un grand hall, privé de sièges, de distributeurs et même d'ascenseurs. Heureusement que le lift du quai 15 fonctionnait, pour une fois. On ne peut pas tout avoir en même temps. Seule une publicité défile, pour visiter... la Tunisie, le pays authentique supposé nous réchauffer ! Des files à l'entrée mais plus de douaniers. La routine s'installe, l'habitude reprend ses droits. J'observe.

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C'est glauque le hall d'une gare !

Comme à chaque fois, je guette, le regard en alerte. Peu de couples, quelques femmes seules, et il me semble beaucoup de jeunes gens, isolés, basanés, plus qu'à l'accoutumée. Ne pas flipper. Ils ont été longuement interrogés, me dit mon voisin, un ancien qui s'étonne de tant de précautions discriminées. Le niveau est revenu à 3, ce qui signifie probable et non plus imminent. Il faut lucidité garder. En voilà un que je reconnais. J'ai vu son portrait à la une. C'est lui ! Ou son frère ! Ou pas. D'ailleurs, il me revient que celui-là décéda... Ce n'est donc pas lui. Ne pas penser, ne pas se focaliser. Descendre le bébé d'une femme à peine voilée. Gérer les bagages de deux pintades lyonnaises qui s'incrustent dans le couloir. Allez donc demander au terroriste caché à la rangée 4 si vous pouvez déplacer son sac plein de gravats pour y glisser votre valise ! Un voyage à l'ordinaire. Brumeux, plus qu'à l'ordinaire. Enfin, apercevoir le Ventoux, nappé d'un délicat velouté. Laissez-moi rêver...

Du bleu partout, surtout samedi, et puis dimanche. Lundi aussi, en terrasse, prendre un thé. Et mardi, en terrasse, déjeuner sous un platane défeuillé. De soleil se laisser bercer jusqu'au coucher. Mercredi, traverser la Crau et la Camargue automnales. Festival de couleurs, ocre et violine, rouille et vert olive, jusqu'aux Saintes. Inutile de prier, l'église est fermée, la ville abandonnée. Point de touristes, quand on sème la terreur. La mer est grise, le port est désert, le silence et les oiseaux sont revenus. Au bar du pêcheur se régaler d'un bar. Appuyer sur pause. L'acceng chantant, le temps des questions innocentes. Vous voyez la boulangerie à côté de la mosquée ? Pardi, c'est ma belle-soeur ! C'est l'heure avant l'heure. Incertaine. Au musée antique, s'évader.

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Quelques belles nuances de gris-bleu

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Ville sans âmes

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Décor en carton pâte

Ensuite dans ma cité illuminée, aller se promener. Frisonner, sourire et retrouver une amie attablée. Au marché de Noël s'égarer. Les santons sont tristes cette année. Les chalets ne sont plus blancs mais bruns, ici comme partout. Les militaires sont armés, les effectifs dédoublés. Le square est fermé, pour une durée indéterminée en raison des événements, est-il précisé. Sur la place, le téléthon bat son plein de générosité et de solidarité, qui me redonnent à espérer.

Vendredi, à l'Université, je suis retournée. J'ai passé le check-point à Saint-Lazare, mon sac fouillé, ici comme partout. A la bibliothèque me réfugier, dans les livres me plonger. Entre musique et Orient, s'immerger. Croiser un étudiant qui étudie les enceintes fortifiées de la Grèce antique. Evoquer Mycènes, se souvenir du Péloponnèse. Se demander quand on pourra y retourner. Et si la guerre de Troie va durer longtemps ? Tout semble comme avant et pourtant tout est différent. 

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Ancien hôpital devenu faculté universitaire, un endroit où apprendre à penser l'universel. 

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