03/04/2016

Histoire d'eau...

La nuit je mens, je prends des trains à travers la plaine... Le jour je mords, je prends des trains à travers la haine. Dimanche dernier, je suis remontée. Le monde à l'envers. Quittant le ciel gris sous la pluie, je suis arrivée sous un ciel azur de trainées lézardé. Traversant la Hesbaye, magique et magnifique, un coucher de soleil bleu-violacé, rouge-orangé d'éoliennes ponctué, laissait penser que les centrales nucléaires s'étaient arrêtées. Qu'il est beau mon pays rêvé !

Cent minutes plus tôt, à la gare du Zuid, l'ascenseur du quai douze était comme d'habitude en hors service. Celui du quai quatre aussi mais j'avais réussi à descendre quand même, échappant à la horde de policiers qui se ruait vers moi. Ils se sont engouffrés sur le tapis glissant, sans déraper, poursuivis par des militaires trop lourdement chargés pour courir. Vous manquez d'entraînement les gars ! Derrière eux, une poignée d'agents de sécurité peu pressés fermaient la marche. Bref, la moitié du dispositif de sécurité de la gare mobilisé pour une intervention à laquelle j'ai échappé, sans savoir pourquoi. Et je ne le saurais jamais. Je suis restée une heure à attendre dans le courant d'air, pas trop rassurée. Torticolis garanti sous mon bleu manteau. Bienvenue en absurdité. Au même moment, je l'ai appris plus tard, des bras-levés-de-noir-tout-gantés manifestaient sans être inquiétés. 

Depuis, je ne cherche plus à penser, ni à comprendre. Ma capacité à m'indigner est à chaque jour dépassée par les événements. Quelques amis ont déménagés, vers des cieux plus cléments ou seulement pour changer d'air. Ce premier avril est propice à la migration des saumons. Toutes les infos sont vraies, aucune ne paraît crédible. Tout ce qu'on nous raconte est tellement gros, énorme, hénaurme, impensable, délirant. Dans quel monde vivons-nous ? 

Tiens, me croyez-vous si je vous dis que j'ai été me tremper dans la mer méditerranée ? Et qu'elle est glacée, et que je n'ose imaginer ce que ressent un réfugié syrien qui tombe à l'eau. Me croyez-vous, si je vous dis que j'ai mis les pieds dans le gardon, sans autre intervention de la police ? Que mon action pacifique n'a pas généré plus de réaction qu'un ballon à la dérive ? Et si je vous dis que c'est une jeune fille, même pas voilée, qui a eu le courage d'aller le chercher sous le regard atterré des garçons qui —par dépit sans doute— lui jetaient des pierres ? Je vous mets des photos, que vous jugerez utiles —ou pas— de poster sur les réseaux pour faire le buzz. Mais je peux très bien m'en passer ! D'ailleurs, je vais arrêter de consulter ce fil-de-bouc, qui me tient la patte, m'empêche d'écrire, me fait déprimer, me fait radoter. Cherchez l'erreur !

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En avril, ne pas s'éloigner d'un fil...

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Deux flamants manifestant pacifiquement...

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Sous le pont d'Avignon...

 

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