17/07/2016

Nice to be here

Samedi. J’ai repris le train, en direction de Nice, pour m’arrêter avant. Avant Marseille, avant Toulon, avant Cannes. Avant, je descendais jusqu’à Nice par le train de nuit, en couchette, en T2 partagé. Au printemps, je rejoignais maman. J’arrivais tôt, avec le soleil éblouissant. De la place  Masséna au cours Saleya, sur le marché aux fleurs, déjeuner en terrasse. J’ai toujours l’odeur. Les éboueurs nettoient à grand jet toutes les traces, les déchets, les fleurs coupées, les dalles mouillées. Par tradition, je sais que je mangerais une pissaladière, avec des ognons fondants qu’on appelait encore oignons, des anchois et des olives noires, des niçoises comme j’aime ça. Maman, contente de me voir de si bon appétit, me raconterait comment elle passe ses journées, sur les contreforts des Alpes qu’on dit maritimes, si hautes qu’aucun cycliste n’emprunte jamais ses lacets. Elle me parlera de cette maison qu’elle a repérée où elle voudrait tellement habiter. Villa triste de Modiano, Mondo et d'autres histoires revisitées par Le Clézio. Puis, sans aucune trace d’inquiétude dans ses yeux mouillés, on irait se promener sur la promenade des Anglais, où ma grand-mère venait déjà. Ou plus certainement, elle voudrait qu’on monte pour embrasser d’un regard la baie des Anges, et tous les anges de Chagall qui flottent dans l’azur. Dans un tableau de Raoul Dufy, me plonger et pleurer. Comme j'ai aimé ce temps arrêté.

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Jeudi. J’ai quitté la rue de Fétinne, j'ai longé le quai familier, traversé le pont de Fragnée, tandis que le feu d’artifice battait son plein. En éclairs rouges zébrés, en reflets dorés sur la Meuse, oooh, la belle bleue ! Dans ce coin de France, qu’on appelle Liège-en-Wallandrie, on y fête le 14 juillet comme ailleurs, en Normandie et comme partout. Je suis arrivée à la fin, pour le bouquet final et joyeux. Et dans le parc d’Avroy, les premières familles déjà reprenaient le bus. Il y avait des gamins, des grands, des petits, des papas qui poussaient un bambin endormi, des mamans avec leur rejeton, les yeux encore écarquillés, des fillettes à peine maquillées. C’est à ce moment-là que je me suis rappelé qu’il est normal que les parents amènent leurs enfants au feu d’artifice comme à la foire. Même tard, à tonze heures du soir. J’ai souri, comme un souvenir d’enfance attendrissant. Maman m’emmenait-elle ? Elle y avait renoncé, moi aussi. Très vite, j’ai détesté la foule. En rentrant, j’ai admiré la Tour Eiffel embrasée. Une photo de Loïc Lagarde, postée sur le réseau. Puis, j’ai lu, j'ai appris, effarée, consternée qu’une soirée n’est jamais terminée. Il suffit ! Je vous demande de vous arrêter ! Je n’ai rien regardé. Toutes nos fêtes endeuillées. J’ai pleuré.

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Samedi. Dans le train à grande vitesse qui m’emmène vers le Sud, j’ai pris place. Sans réel effort, sans grand espoir. L’ascenseur du quai onze était opérationnel, celui du quai quatre également, ce qui est très étonnant. Plus aucun militaire armé, plus aucune porte fermée. L’alerte oscille entre 3 et 4, sur l’échelle de la terreur relative. Le thermomètre frôle à peine les 20°, manquerait plus que la mer monte. Il y avait du monde, des vacanciers, des étrangers, des nationalités, toutes mélangées, même des Anglais réfugiés. Des bagages entassés, des poussettes mal pliées. Aucun rapport à rédiger, il y avait longtemps... J’aurais pu m’ennuyer mais j’ai remonté le son. Immigrant Song. Et puis, à Marne-la-Vallée, j’ai vu s’illuminer les yeux du petit garçon assis en face de moi. Il a aperçu une tour, "la tour de Disneyland, là, on dirait bien" ! Moment magique, il n’en croit pas ses yeux. Moi, non plus ! Je ne l’ai jamais vue, depuis 4 ans pourtant que je fais l’oscillant-battant. Faut-il avoir des yeux d’enfant pour voir ces choses-à ? En complicité, maman et son fils, avec leur gros sac encombrant au milieu du couloir, s’en vont à Draguignan. « Mais pas jusqu’à Nice ? », demande le gamin d’un air inquiet. Non, non, rassure-toi, on descend avant.

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Dimanche. Je suis donc descendue à Avignon, les cigales chantaient près de la maison du Comtat.  Il y a des lauriers roses, des lauriers sang, comme elle les aimait, maman. J'attends mardi, il fera 36°, l'étudiante me rejoindra, peut-être qu'on ira à Orange ou à Vaison. Peut-être qu'on retournera festivaler ici ou là. Peut-être qu'on prendra le temps de se construire des souvenirs. On parlera du passé. Et "pourquoi maman, tu ne m'as jamais emmenée à Mickeyland" ? On parlera d'avenir. Des études de parfumeur à Grasse, de musicologue à Lyon, de japonaiserie à la Sorbonne, après Fukuoka ou pas. Elle me racontera comme elle a vu Strasbourg. Je lui dirais combien j'ai aimé Petite France. Comment, certains lieux hantent nos vies... Et puis se dire qu'il faut avancer, se retourner, s'arrêter, écrire, puis avancer. Comme dans un roman de JMG. C'est à ce moment-là que j'ai entendu passer les pompiers. J'ai vu la fumée, en volutes. Pas très loin, à l'entrée du village. Un feu de Provence, pas encore tout à fait les vacances...

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 Spéciale dédicace aux hommes du feu
et à Mistral qui n'a pas soufflé.

15:26 Publié dans Avenir | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Mets bien ta crème solaire et tes lunettes noires ! Bisous

Écrit par : Véro | 18/07/2016

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