25/01/2017

Dans 120 ans...

Ce 25 janvier, ma mère-grand à moi qu'on appelle grand'maman, qui fut ma mémé et même plus, aurait eu 120 ans ! Imaginez la vie à 120 ans, sans toutes ses dents, sans toute sa tête, sans plus d'amis. Avec seulement de vagues souvenirs d'un temps où il n'y avait ni avion, ni télévision...

A Liège, elle est passée, la première guerre a traversé. Sa mère mourant d'anémie. Pernicieuse. Il y a cent ans. Je ne sais pas où elles vivaient, ni le quartier, ni la rue. Ne surnagent du récit que l'académie des Beaux-Arts et l'hôpital des Anglais, dans une ville arpentée pour chercher un morceau de viande entre deux cours de danse. 

A 25 ans, un mariage. A 30 ans, deux enfants. A 35 ans, un veuvage. Entretemps, un commerce de thé en vrac, de porcelaine en stocks. Chine et Japon, déjà ! Pourquoi inventer cette chanson ? Voilà une étudiante qui ne sait plus rien de cette histoire et se prépare à japoniser. Voilà que je ne sais plus grand chose de mère grand. A la veille de la deuxième guerre, mal remariée, elle quitte la cité ardente. Sans regret. Elle devient bruxelloise d'adoption. Elle prend l'avion, regarde la télévision, découvre des émissions, écrit en anglais, s'évade encore... Que n'ai-je posé plus de questions ?

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23/01/2017

Jour 3 de l'ère UBU

Comme il est étrange —et soudain étranger— ce visage qui remue à peine les lèvres pour émettre un son chuintant. Il y a quelque chose de très étonnant pour une maman d'entendre son enfant s'exprimer dans une langue inconnue. Pour moi, c'est du chinois ! D'ailleurs, il paraît que c'est du pinyin 拼. Plus exactement une forme de romanisation du chinois mandarin, la langue parlé par les mandarins. Il est bien connu que dans l'empire du milieu, on parle mille dialectes sans se comprendre. D'ailleurs le chinois n'existe pas. Pas plus que le belge ou le suisse ! 

Alors, quand on entend, pareillement, le président chinois s'exprimer à Davos, on s'affole. Même avec des sous-titres. Non, ce n'est pas un leader américain qui prône la mondialisation, c'est un communiste au sourire débonnaire. J'hallucine ! Au même moment, le site de la maison blanche affiche en grand que le réchauffement climatique est une invention chinoise ! Je suis en plein cauchemar. Je vais me réveiller, c'est certain. Ou pas ! Je suis plongée dans un livre de Stapledon, qu'on appelle anticipation. Olaf, reviens, ils sont devenus fous. 

Le lapin de Lewis Caroll s'agite. Il va tweeter. Merdre, alors! Serions-nous entrés de plain pied, sans le savoir, ni vraiment le vouloir, dans le monde grotesque et dramatique de l'Ubu-land ? Est-ce un Etat ou une époque. Va-t-il s'étendre, va-t-on s'éteindre ? Pourra-t-on en sortir un jour ? L'angoisse m'étreint. Mais ce n'est rien, ne reste qu'un examen. Typologie des langages, chinoiseries, japonaiseries, bouddhisme et autres rites shintoïstes, vont faire une trêve. La session s'achève pour l'étudiante, qui enchaîne les succès. Grande satisfaction.

Pourtant, je reste avec un doute, comme un poids. Je ne dirais pas qu'il m'habite, il me hante. Alors, pour le combattre, je vais faire un tour à la Batte. Il y fait glacial, d'un froid qu'on dirait sibérien. Le ciel est bleu sans aucun mistral. Les fines particules accumulées me font tousser. La chaussée est à moitié occupée seulement. Les passants sont rares, les mouettes rieuses. Les soldats sont alignés, pareils à des grues qui attendraient l'envol. Ils sont concentrés au point chaud. On n'est jamais trop prudent. Le marché est glacé. Il ne ressemble à rien.


En ville, les gens s'égarent pour ne pas penser. Ils se ruent sur des articles bradés comme dans une fuite désespérée. Ils sont agressifs, mal polis, mal torchés. Les enfants sont énervés par la neige qui est arrivée sur les hauteurs mais qui épargne la vallée. Ils font n'importe quoi sous l'oeil indifférent des parents. Les aînés lancent des pétards, ce qui est formellement interdit, même au premier jour de l'an chinois qui n'est pas encore là. Je vais me réveiller...c'est certain ! Putain, ça tangue. Encore quatre ans.

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Dans mon rêve, les maisons sont biscornues...

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Brochette armée (ou pain mitraillette)

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La batte est vide,
comme une trémille à l'abandon

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Bleu comme dans le Sud,
sauf qu'il y a des bâtons qui poussent...

   

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16/01/2017

Cuisine et dépendance (suite)

Voici des nouvelles fraîches —forcément— pour ceux qui s'inquièteraient de l'évolution de la cuisine ! Chacun se souviendra qu'après avoir évacué une cuisine bleu métallique, on avait opté pour un bricolage pimenté, avec boutons saint-rémois, pieds surélevés, four encastré à chaleur variable, plaque en option dénichée au fin-fond-du-bout-du-bout, installée par Hercule lui-même, et quelques épisodes à la marge dont je vous passe les détails. Eau chaude et froide à volonté.

Pour les distraits, je rappelle aussi que la cuisine, avec la verrière qui fait plicplocpliiiiplocploc, c'était à Avignon, première époque ! Depuis, j'ai migré vers une cuisine lumineuse, aux volets qui battent sous le Mistral, en bordure de la N7 qui m'emmène si facilement à Marseille, ou plus certainement à Montfavet, haut lieu d'internement pour qui confine à la folie. Bref, dans le Sud, la cuisine est le lieu par excellence pour savourer le Sud et mitonner des petits plats aux saveurs du Coustellet.

Rien de tel bien sûr dans le Nord, où j'ai troqué une cuisine ultra lumineuse, avec vue sur le couchant et terrasse suspendue, telle la proue d'un navire sur un champ aux cigognes, contre une chambre noire de désespoir avec odeurs ! Si la ferme-de-lauzelle est en voie de reconversion en quartier éco-bio-éthique à vocation chinoise, à Lîdje, nous sommes vouées à composer avec des murs aveugles et une porte sans porte. Bref, dans le Nord, la cuisine est la pièce qu'on déteste. Celle où on se dit, zut, j'ai oublié de regarder avant de signer ! 

Non pas qu'elle soit trop petite, elle est même plutôt grande, mais impossible à arranger sans moyens financiers, qu'on ne va pas consacrer à un bien loué, temporairement comme chacun sait. Bref, je continue à bricoler pour y faire venir l'ordre et la lumière. Comme je peux, quand le temps le permet, et je ne parle pas seulement des intempéries. Après une tentative infructueuse d'ajouter un deuxième tiroir de rangement, acquis dans une trèèèèès grande surface sur les hauteurs de Hognoul (il paraît que c'est encore Liège mais plus vraiment et qu'on serait déjà en Suède), j'ai choisi la facilité. Jugez-en plutôt.

Etape 1. Une caisse à vin, obtenue de haute lutte dans une petite surface du quartier Nord, en échange de l'achat de deux bouteilles de Bordeaux Grand Cru, en promotion avant les fêtes. Millésime 2009, s'il-vous-plaît, les connaisseurs apprécieront. Caisse ramenée à la force du poignet comme il se doit, tout se mérite ! Les bouteilles vous attendent.

Etape 2. Retourner, avec notre sympathique voisine, dans la trèèèès grande surface sus-nommée, pour s'enquérir d'une rampe lumineuse modèle réduit. Les leds sont minuscules et inversement proportionnels aux efforts consentis pour les appliquer en-dessous de l'armoire. Auparavant, il a fallu démonter le vieux néon tout rouillé qui s'était incrusté sous le meuble, où il espérait être  oublié à tout jamais après avoir provoqué un mini court-circuit. Certes, le circuit court, je suis pour, mais celui-là m'a fait tourner la tête ! Renversée au-dessus de l'évier, le torse coincé entre le robinet et l'armoire, les bras tordus à essayer de dévisser l'engin à l'aveugle, je vous laisse imaginer le spectacle. Je vous épargne la douleur.

Etape 3. Une semaine plus tard, les douleurs estompées, penser à aller chercher des miroirs, pour jongler avec les reflets, dans une moyenne surface du centre, qui sert de quincaillerie de dépannage quand je n'ai pas le temps d'aller chez le quincailler trop bavard. Et puis, les appliquer bien sûr, au-dessus de l'évier bien sûr, les bras tendus évidemment. 24 petits morceaux de collant-double-face, à décoller de chaque côté, un jeu d'enfant ! Sauf pour moi, bien sûr. Tout ça pour ça ? C'est là que j'ai pris la mesure de ce que je peux, de ce que je veux et de ce que je sais encore faire. Après je déprime, un peu, beaucoup, mais le résultat est plutôt sympa, n'est-il pas ? Dites-moi oui cool

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Où on aperçoit bien le coin de bleu que j'ai essayé de capturer ! Et où on entend bien Madness, qui joue, dans le fond...
on the Kitchen Floor (j'adore) !

 

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09/01/2017

En attendant la neige...

Bientôt une semaine qu'elle est annoncée, les rues bloquées, les déssaleuses réquisitionnées, la neige va arriver ! Le froid déjà installé, il faut s'activer pour ne pas geler. Des courses à faire, entre midi et quinze heures, en éclair se faufiler. Nourrir les chats de la fille de la voisine, remonter le chauffage, puis remonter la rue pentue. Mais que cette ville est escarpée ! Exaspérante.

Sainte-Marguerite, Sainte-Walburge, Saint-Laurent, Saint-Nicolas, Saint-Gilles et Saint-Glinglin, priez pour nous ! Par monts et par vaux, je suis allée. Slalomer entre les quartiers comme autant de paroisses. Aimablement convoyée par la voisine, partir à la découverte des hauteurs de la rive gauche. Ô, pas loin. A vol d'oiseau, Rocourt, c'est très court. Mais quand il faut grimper, contourner, éviter, traverser, s'éloigner pour mieux revenir, que c'est loin justement !

Non, décidément, je ne m'y ferais jamais. Et même, je déteste ça. Des rues entières de maisons ouvrières enserrées. Des rues sombres semées de rares commerces. Une trémille par ici, une bretelle par là, des voies à sens unique et des giratoires en losange. Des courbes et des dérivations. L'air vient à manquer. Des quartiers en escalier, accrochés à flanc de coteaux, de terrils, de collines anciennes. C'est charmant ! Ce n'est pas Rome pour autant, ni même Athènes, à peine Marseille. C'est juste n'importe quoi, une ville que je ne comprends pas !

Au hasard, repasser par le Sud, non loin des vergers, reconnaître ce coin où poussent les chambres bleues. Au retour, revenir par le Nord, non loin des champs, reconnaître ce chemin où courent les renards en juin. C'est derrière chez nous. C'est bucolique par ici, insiste la voisine au volant, quand on descend du thier-à-liège et qu'on va promener son chien. Sans façon, merci bien. Mais que c'est haut pourtant ! Ou est-ce seulement que tout me paraît désormais infranchissable. A pied ou à cheval, j'ai si mal. Certaines villes se livrent mieux que d'autres. Celle-ci m'effraye de tant d'efforts à faire pour la parcourir. Sans jamais parvenir à l'adopter.

La neige est arrivée, les douleurs exacerbées. Les hauteurs sont glacées, les pavés glissants. Les rues en pente sont fermées, la batte dés-animée. Le beau-fils de la voisine a fait une chute de luge, la famille est rapatriée, plus de chats à nourrir. Fin des escapades. J'attends le printemps avec tant d'impatience...

 

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01/01/2017

Bleù sauvage

A l'Ouest ! Un peu distraite, ni tout à fait au Nord, pas encore vraiment au Sud, voilà que je m'égare. J'oublie le rôti au four, les gants sur le comptoir, la carte magique dans la mauvaise poche, mais où sont mes clés ? Il y a des jours moins drôles que d'autres et ceux-ci font partie des jours sans. Maudits pavés qui m'ont fait chuter. Distraite j'étais par le sourire d'une enfant. Talons trop hauts. Maudits pavés qui me brûlent les pieds! Manquerait plus que l'alarme se déclenche. Gagné! On a réveillé tout le quartier, pas même endormi à l'heure de réveillonner. Les pompiers, déjà passés, ne sont pas revenus. Les badauds accourus voir le feu d'artifice, par flopées, sont arrivés. Qui peut me dire pourquoi les premières fusées ont été tirées bien avant l'heure? A Noël déjà, ça pétait en tout sens, sans aucune direction. Toujours un coup d'avance. Ou comment réussir à ne jamais plus vivre le moment présent. 

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Il paraît que le coeur de Grétry bat ici,
face à la ville, dos à l'Opéra.

Or donc, nous voilà en 2017 ! Vous êtes toujours là? Ouf ! Bref retour en 2016. Vendredi, petit tour à l'opéra, l'esprit était à la fête, l'air au french cancan. Offenbach, en fin critique du second empire, dans une mise en scène inventive, j'ai bien ri. Ça ne mange pas de pain, ça se déguste comme de la brioche, sans trop penser. Le public, coincé dans un costume mal taillé, semblait moins ravi. Pouah, une opérette!

Décidément que cette ville m'ennuie. Bourgeoise, pas même branchée. Dans les rues décorées, l'extrême pauvreté côtoie une richesse obscène. Les femmes aux sacs ostentatoires ne croisent jamais le regard de l'homme assis sur son carton. Des familles entières débarquent des quartiers ignorés pour se gaver de lumières et de cadeaux inutiles. Sur le marché bondé, boire et oublier, s'enivrer et s'esclaffer, s'étourdir pour ne pas pleurer. Que tout ça me semble gras.

En cette fin d'année, très mal chaussée, j'ai continué à arpenter les chaussées. Tel un chat, élargir mon terrain d'observation. A Sainte-Marguerite, sans rime ni raison, investir une boucherie turque. Dans une boulangerie politique, cachée en Outremeuse, attendre que le pain craquant sorte du four. Puis se battre pour en avoir un. Tout ça reste un peu indigeste, voire prémonitoire. Tiens, encore des pétards!

Au jour de l'an, se régaler d'une choucroute, attablées dans un bistrot kosovar, qui porte le nom improbable de building. C'est dingue, non? Encore une tradition à se demander qui l'a inventée. Il paraît que, par ici, la pièce sous l'assiette garantit la fortune à l'année. Nous voilà parées. Le patron a pensé tout ! 

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C'est pour mieux vous écrire !

Des projets, il n'en manque pas pour 2017. Le pays du soleil levant nous attend. Enfin, l'étudiante surtout ! A l'automne, elle ira dans une université située dans une cité dont on ignore encore laquelle. Pourvu que la Terre ne tremble pas. Vers l'Est, elle s'envolera. Pas certaine de pouvoir la rejoindre. A l'Ouest, je continuerai à vagabonder. Toujours plus à l'Ouest, qu'ils disaient! Sur le marché mal fréquenté, voilà que j'ai retrouvé des bleuets, qui me filent le blues. Du temps où je traversais le Québec et l'Ontario, le long du Saint-Laurent jusqu'au Saint-Jean. Et c'est là, monsieur le juge, que j'ai repris la carte... et la boussole.

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Comme une envie de retourner
à Pointe Bleue...

23:25 Publié dans Avenir, Evasion | Lien permanent | Commentaires (1)