10/02/2017

Qui a dit que ça allait mal ?

Remontée embrumée, enrhumée, encombrée, décalée. Retard au départ, aggravé, résorbé jusqu'à Lille. Puis, le délai s'est accentué. On a joué à l'accordéon. Mais on n'a même pas raté le train annulé, puisqu'il était annulé ! On n'a même pas couru dans les escalators en panne. On a juste pris le train suivant, qui était en retard et bondé bien sûr. C'était tout juste mais c'était jouable. On avait tout calculé. On avait même pensé à commander un taxi pour charger notre  paquetage et conduire en urgence l'étudiante à l'opéra. Patatras ! Et là, tous les plans se sont écroulés. N'est pas Hubert qui veut, ni même taxi Melchior. Le service n'est plus ce qu'il était. Et il n'était pas là ! Ou pire, plus sûrement, il était là ! Mais il a chargé sous nos yeux une autre personne, de ses amies ou de sa famille, tout en niant effrontément avoir été appelé ! La centrale s'est chargée de le rappeler à l'ordre mais en attendant nous étions là, les bras plein de valises, regardant trotter l'aiguille, impuissantes. Enfer et damnation de Faust ! Encore raté.

Quelle joie de remonter au pays ! Mais, décidément, je ne suis pas d'ici. J'y paie mes impôts seulement. Et ils se chargent opportunément de me le rappeler. Je n'ai pas dû bien intégrer toutes les règles locales. Je ne triche pas comme il faudrait, je leur dois beaucoup trop, ce n'est pas normal. Prime à ceux usent et abusent de toutes les ficelles fiscales. Je suis dégoûtée, écoeurée, j'en ai la nausée, je me suis mise à tousser. En quête d'un médecin, je cherche toujours !

A Liège-central, ils ne prennent plus de nouveaux patients. Mais, moi, vous comprenez je viens d'arriver... Faudra vous démmer-brouiller ! Donc, je peux crever ? C'est bien noté... Je ne suis ni immigré, ni réfugié, ni sans abri, ni sans emploi, ni sans papier, ni sans diplôme, ni sans ressources (quoique bientôt). Pas même pestiférée. Je voudrais juste me soigner pour pouvoir continuer à travailler, pour pouvoir payer les dits-impôts et les études de ma fille qui étudie dans ce pays que je n'ai pas choisi, où ma mère est née, ma grand-mère aussi, et dont j'aurais bien voulu partir, vous comprenez. Les soins pour tous, ils disaient. Après, on s'étonne que ça dérape...

Aux grands maux, les grands remèdes ! Repos, sirop, aspro. Inhalation aussi, comme faisait ma mère. Mais qu'est-ce que j'ai fait de l'inhalateur ? J'aborde une pharmacie, non loin du bureau.  Ah non, tiens, il est midi-trente-cinq, elle est éteinte. Je me rends au centre du centre de la cité, dans une officine réputée pour ouvrir tôt (8h30, toutes les autres étant closes jusqu'à 9h voire même 10h). Deux préposées supposées pharmaciennes papotent. Un masque inhalateur, elle me demande ? Non, juste un pot en plastique qui ne soit pas un pot de chambre. Elle ouvre un tiroir, consulte son ordinateur. Ah, non, ils ne les font plus !!! Ou, alors, on peut peut-être le trouver ailleurs, n'est-ce pas Nelly ? Il faut toujours qu'ils ou elles vérifient entre eux, en toute circonstance. Ca prend deux fois plus de temps, pour un résultat toujours peu certain, parce qu'ils et elles se renforcent mutuellement dans leurs erreurs, enfin, je dis ça... Bref, ça coûterait, dit l'autre, 22 euros. Sinon, aller voir, près de l'Université, c'est pas loin. Seulement 10 minutes sous la pluie et le vent à l'opposé de chez moi, ce qui va arranger ma crève !

Je reprends mon chemin de croix, façon-fillon-un-clou-chaque-jour, bien décidée à entrer dans toutes les pharmacies que je croise. Au coin d'une rue, un local peu engageant. Un petit ventru-trapu-et-mal-élevé se faufile pour passer devant moi. Restons zen. Bonjour Benoit. Salut Damien. La bise que voilà, et ton dos, et mes épaules, et mon ventre, et moi j'attends. Tu n'aurais pas un médicament que je ne sais plus bien le nom. Que tu as vu à la télévision ? Mais non, que j'ai déjà acheté, mais pas ici. Pendant ce temps, l'autre pharmacien-ou-cienne bavarde avec celui qui fait la préparation pour la dame qui voudrait aussi du daflagan©... mais en générique  ! Alors, le geste qui prendrait 3 secondes montre en main (je me retourne, je prends la boîte rouge derrière moi, je la pose sur le comptoir) se transforme en expédition dans l'arrière salle à la recherche du fameux paracétamol, ce composé unique qui ne fait même plus la fortune des laboratoires !

Derrière, un pépé et son gamin, une dame et son bébé, moi et ma toux, on attend. Quand, enfin, il s'intéresse à mon cas, il me propose un ventilateur, un respirateur électronique, une vaporette, un intubateur, j'ai dû mal m'exprimer! Non, juste en un pot en plastique, pour éviter d'avoir à mettre une serviette sur la tête et la tête dans l'eau bouillante. Ah oui, je dois en avoir. Il repart dans la pénombre et resurgit cinq minutes plus tard, avec l'engin ! Bingo, 8 euros. J'aurais presque gagné au loto ! L'étudiante vient de me donner ses chiffres : 14 - 15 - 16 - 18 - 19 C'est réussi, brillamment ! Tout va bien, enfin presque.

décor-copie.jpeg

PS : Dans ma quête, j'ai traversé l'impasse de l'ange, trouvé un médecin qui peut me recevoir, mais qui me prévient :  il est psychiatre ! Après, j'en ai trouvé un autre, plus loin, plus à l'Ouest. Il confirme que le bleu m'est vital, comme les cartes du même nom ! 

15:21 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (2)

04/02/2017

Blanc de bleu

Vous voulez du bleu ? Voici du blanc ! Après une traversée hexagonale sous un pâle soleil, arrivée sous le grésil, le blizzard, la neige et la glace ! Bienvenue dans le Gard, n'espérez pas voir le pont, ni le Rhône, à peine la gare ! D'accord, on est fin janvier mais avouez que c'est rageant. Se geler, se cailler, se cacher sous la couette, alouette ne te découvre pas d'un fil, avril est encore loin. 

trainneige-2601.jpeg

Du train, on voit bien
qu'on file vers la Sibérie. 

Le voyage avait pourtant bien commencé, aux guillemins-guillerets, avec un bus pas même bondé, un train pas même en retard. A la Zuid-Station, les escalators du quai 15 étaient même en panne, vous dire si tout était parfait. Au guichet de la stib-mivb, appelé indifféremment KIOSK ou BOOTIK (je n'ai rien inventé, ils se sont surpassés), on a même été servi en français et très rapidement comme c'est très différent de Lîdje ! Le temps de se poser, le temps de se retrouver. Séquence émotion, c'est la première fois... depuis 4 ans, que je redescends avec mon enfant en Avignoùn, dans le train à toute vitesse.  Elle a bien grandi ma fille, elle a délaissé ses livres trop lourds, opté pour la tablette. Confiante, elle attend les résultats de sa session. Suspense, suspens. Ils ne sont pas pressés de communiquer les notes. Alors, on descend, on descend, puis on s'arrête. 

La ville sans elle, la ville avec elle, n'est pas tout à fait pareille. D'abord, il faut guetter le bleu entre les nuages, ensuite écarter les souvenirs, faire le tri entre le miel et l'amer. C'est un ciel fâché et sans mistral, elle ne peut même pas râler. Elle n'aime pas, c'est décidé, affirmé, définitif. Point barre. Pas d'interrogation, ni subjonctif, ni conditionnel. Pour la nostalgie, je peux me brosser. Trop froid l'hiver, trop chaud l'été, elle a détesté. Voilà c'est dit. C'est sale, c'est triste. Je peux remballer mon lot d'illusions, mon flot d'imagination, mon affection pour une cité interdite de toute émotion filiale.

placepie2701.jpg

 En demi-teinte,
le palais se laisse deviner...

Pourtant, en rusant, on arrive encore à partager des moments éthérés. Entrer dans une bouquinerie, acheter du thé, essayer des chaussures. En complicité, jouer aux reines du shopping déguisées. Déguster des sushis, se frotter à la compagnie des chats. Elle aime ça et ne s'en cache pas! Finalement, tout ça reste mystérieux, le choix d'une ville, l'âme d'un lieu, les rues traversées. La liberté respirée, le nez en l'air, la tête ailleurs.

16443663_10211917724921611_1714182573_n.jpg

Où on voit bien que les photos
ne sont pas de moi !

Profitant d'une journée éclairée de bleu retrouvé, à la mer retourner. Mon Sud à moi, il est bleu comme ça ! On y voit des palmiers, en janvier. On y mange dehors, sans faire de photos des assiettes garnies. On se dit que le printemps ne va plus tarder, que le moral va remonter, avec les degrés. Que bientôt il faudra remonter mais on évite d'y penser. On fait le plein de lumière, on oublie l'hiver.

palmiersjanvier.jpeg

Ceci n'est pas un riad !

Renaissance.jpeg

Ceci est un trompe-l'oeil...
visible uniquement par ciel gris !

bleudebleusable.jpeg

Plein de bleu avec du blanc
(peinture céleste)

Alaplagejanvier.jpeg

Janvier à la plage...

00:09 Publié dans Evasion | Lien permanent | Commentaires (0)