05/08/2017

Bleu décalé

Cette année, je n'y étais pas. A la foire aux bestiaux. Par écran interposé, j'ai vu des beaufs traire des vaches. "Des veaux bleus, regarde", disait le directeur d'école qui se prenait pour mon grand-père. Je l'ai tant détesté pour ce mensonge éhonté. Aujourd'hui, pourtant, ils sont là, sous les yeux étonnés d'un fermier, désormais muet, sous une lumière orange qui va virer à l'orage. Le temps a passé. A l'été, les ministres se mettent à changer. J'ai vu le benêt ardennais sous son bonnet, au fourneau, se prendre pour un chef cuistot. Aujourd'hui, il nous sert la soupe à la grimace.

Cette année, je n'y étais pas. Au stade royal enflammé en soirée. Par écran interposé, j'ai vu le ciel rougeoyer, Bono déchaîné. Mes pieds reposés. Je n'ai pas eu à piétiner devant l'entrée, à franchir les barrières, à m'engouffrer dans les bouches de métro engluées, à traverser la ville esseulée. Passer la nuit à chanter, passer la vie à danser, à guetter a face in the crowd. Un concert se mérite. Celui-là est gravé.

Cette année, je n'y suis pas vraiment. A l'été, les jours trop chauds, les nuits trop chaudes, les matins frais, la pluie drue et tiède, le vent impatient. Les nuages qui repartent, qui reviennent, qui s'évitent. J'apprends à jongler. Le rythme est un peu chaotique. Je vais au boulot, un jour en voiture, un jour en bateau. Deux jours de repos. Je visite des collégiales transformées en cathédrale. Je relis l'histoire du rock en douze volumes, je recompte les devises, je raconte les dérives. Loin des senteurs de lavande et des vendeurs de cigales artificielles, je passe l'été à ruminer.

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Palais qui n'est pas des papes !

12:42 Publié dans Spleen | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Tu n'y étais pas, mais tu rumines, sous la pluie ... ;-)

Écrit par : Dan | 10/08/2017

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Il y a comme un parfum d'été qui finirait trop tôt...

Écrit par : Mirameuse | 10/08/2017

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