25/10/2017

Octobre '17

Ce mois-ci, à chaque fois que j'écris la date, je me surprends en pleine révolution! A mon arrivée sur le perron, '14 a marqué en fanfare et en musique le début du tragique. A présent, j'attends avec impatience la fin des ennuis, la fin (provisoire) du cursus de ma fille, la fin de l'année '18. Quatre années liégeoises. Quatre années de guerre pour ma grand-mère qui perdit sa mère, vit son père disparaître, son frère s'éloigner. Après, un mariage, un veuvage, puis un remariage. Avec un Russe blanc. Pourquoi blanc, je demandais alors enfant. Blanc parce qu'il avait fui les Rouges. Immigré, déjà? Réfugié, certainement. Il n'a pas fait le taxi à Paris, ni même Uber à Anvers. Mais il est mort d'un accident de la route, non loin du Ruppel, en '40 et quelque. Ce n'était pas une tranchée, ce n'était pas le bout du monde, ce n'était pas la mer à boire.

C'était Boris, qui avait fui à travers les bois de bouleaux, les forêts noires, jusqu'à Liège. Je ne sais comment, ni quand il est arrivé. Juste avant la guerre, la seconde, la dernière, réussir à épouser une veuve aisée et ses deux enfants relevait de l'exploit. Juste après la liquidation du magasin Chine & Japon, où il était sans doute, peut-être, déjà entré comme commis-livreur. Quelle erreur. Quelle mésalliance pour ma grand-mère qui perdit tous ses amis, d'un coup, d'un seul. Elle ne m'a jamais dit combien elle l'aimait. Ou pas. Chez ces gens-là, on ne parle pas de ces choses-là. Ensuite, spasiba, les oeufs peints et les matriochkas, ont traversé l'esprit de famille.

Ma grand-mère avait le goût de l'exotique. Elle, qui écrivait si facilement en anglais, s'amuserait de savoir l'étudiante au pays du soleil levant qui l'a fit tant rêver. Qu'elle irait voir les temples, participerait à la cérémonie du thé, écouterait du koto, expliquerait en japonais ce qui fait l'art et la chanson. Maudite chanson que j'ai inventée au soir de sa naissance... Mamémé aurait été ravie de savoir que l'apprentie musicologue avait choisi d'étudier Lakmé, son air préféré. Sans le savoir! Et moi, combien étonnée, de voir que l'imaginaire des unes traverse les années des autres. A travers le temps, flotte un parfum. 

Alors, Octobre '17, pour moi c'est toujours la révolution des travailleurs, la révolution de tous les possibles. L'espoir, puis le désespoir. On parlait alors de la Russie, de la Russie bolchévique, de Trotski et de Lénine. C'était juste avant la formation de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques. URSS, je l'écris en toutes lettres, parce que certains ont tendance à oublier qu'elle a existé. Comme ce professeur d'histoire politique de la très pauvre université de Liège! Ce qui fait bondir l'étudiante italienne. Elle, elle sait et elle réfléchit. Lui, il parle sans complexe de la Russie de Staline ou de la Russie durant la Guerre froide... Il arrive que l'histoire s'efface! Ou que —par ignorance ou pire indolence— on transmette des informations erronées à des générations de jeunes gens trop peu curieux. Heureusement que les plus malins veillent. Il ne faut jamais oublier de raconter ce qui s'est passé.

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Le Palais des Congrès,
construit en 1958 (époque Khroutchtchev),
le rouge a bien pâli !

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Ceci n'est pas le jet d'eau de Genève,
siège de la Société des Nations,
(1920 - 1946)
créée pour préserver la paix, il paraît...

 

12:47 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1)

11/10/2017

Bleu d'ici est vert ou gris

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Quelques signaux de fumée pour vous rassurer. Je suis bien rentrée, remontée, bien arrivée, en passant par Amiens, Arras et Lille. Sans encombre ni embarras me voilà ! Loin déjà, la grande bleue et les bains de mer aux Saintes, l'eau salée, les huîtres de Bouzigues, le picpoul, les aulx et le turbot. Retour au turbin ! Bonjour les poires, les noix, la foire d'octobre et la bière à flot, la flotte et le vent sans nom.

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Cueillies du matin à l'étang de Thau

Illuminée la Cité, ardente comme souvent. Grimper dans les coteaux à la nuit tombée. Traverser la ferme à la vache. Découvrir la grande cour du palais, qui n'est pas des papes. S'étonner de tant d'accents chantants, du flamand au catalan. Croiser des gamins bruyants et des pépés haletants. Assister à un mariage de nuit, ouvert à tous. Entrer dans une librairie magique qui propose des collections inconnues. Se voir offrir du thé à la menthe dans une église transformée en lieu de contes... bien que cette dernière destination n'ait rien d'exceptionnel. On nous raconte tant d'histoires depuis si longtemps! 

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Ceci n'est pas le Palais des papes

Toujours à l'affut de nouveauté, et pour changer, manger un mezzé, reprendre la navette fluviale pour traverser la Meuse, qui n'a rien à envier à la Durance, sauf que de l'autre coté on n'y trouve aucun village perché, juste un musée bien caché.

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Baignade interdite

Emprunter la nouvelle passerelle qu'on dit belle et liégeoise, retourner vers la gare qu'on dit belle et de Calatrava, ne pas remonter dans le train mais s'arrêter sur l'esplanade, qui n'est pas un centre commercial. Observer les jeunes arbres qui y sont plantés. Les feuilles commencent à jaunir, je les reconnais, ce sont des mûriers-platanes ! Comme promis à l'une, en voici un. Celui-ci a plus de cent ans !

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Au bar du pêcheur, poussent
des bars, des dorades, des rougets,
de la baudroie et des mûriers !
C'est le Sud, qui me manque déjà.

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Des nouvelles de l'étudiante : qui va bien, étudie beaucoup, sort peu, côtoie des étudiants australiens, canadiens, californiens, londoniens, italiens, toulousains. Elle parle indifféremment français (forcément), anglais (couramment), japonais (obligatoirement) !  

03/10/2017

Bleu d'automne

Le long de la Durance, les pommiers sont en pommes. Par ici, le bleu est parfois gris, et les reinettes font grise mine. Pourtant, il fait chaud, très chaud, encore. Assez pour se promener, décapoter le cabriolet qui décolle (je rigole). Assez pour grimper, comme un cabri à Cabriès, sur la traverse du pied de la chèvre, j'invente rien. Té, je vous mets la photo, il y a du bleu !

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C'est une maison deux...

Prendre les chemins de traverse, retraverser la Durance, jusqu'à Lourmarin. Le joli coin, où Camus et son ami René s'étonnaient de tant de lumière, de tant de lucidité. D'une brûlure proche du soleil. Si proche, qu'il a mordu Miréio qui en mourut. Parfois, je me sens un peu fada mais rien n'est fade par ici même si on raconte beaucoup de fadaises. A Cucuron, le bassin n'est pas rond. Il me rappelle celui de Pamplemousses, sans nénuphars, sans maurice, sans ma mère, sans amertume. Juste une image. Té, la voilà !

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Carpe diem

Des images comme s'il en peignait ! Gauguin sur son île à Tahiti m'ennuie. Enfin, le film, surtout. Cassel est très crédible mais entre deux Vincent, je préfère Van Gogh. Alors, on retraverse la Durance, vers la Crau et Saint-Rémy. Au pays de Maillane et de Mistral. Près des Antiques, autour d'un cloître ancien, une chambre monacale, et un jardin. Avec des iris, des blés, des oliviers, des nuits étoilées. La folie transcendée, la lumière si proche du soleil, si paisible pourtant. On n'entend rien des cris de douleur. Les couleurs des arbres japonais, l'inspiration comme une respiration. Au pays de Vincent, des images revivent, reviennent. Séquence émotion. On n'est jamais au bout des surprises en Provence. Le pays d'où je suis d'ici.

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