29/04/2018

Avril sur le fil

Cinq semaines passées —bientôt six— à récupérer, à redécouvrir des sensations, à reprendre le contrôle des gestes les plus anodins, à retrouver un goût au quotidien. Compter les victoires, une par une, une par jour, se lever sans trembler, enfiler son pantalon sans aide, ramasser un papier tombé, pouvoir caresser le chat, tirer la chaise à soi, mettre des chaussures toute seule, marcher dans la rue, avec un soutien, avec une canne, sans canne. Retrouver un peu d'autonomie. Peu à peu, à petits pas sur les pavés déchaussés cachés en embuscade.

Après cinq semaines, pour la première fois pouvoir se tourner sur le côté, sur l'autre côté, celui qui est —qui fut— blessé. Se retourner sur le divan pour voir l'autre face du monde, la lumière tamisée, des photos de famille, de ma fille, de maman souriant à la vie, des livres bien rangés, des disques alignés jamais plus écoutés. Poser le regard lentement sur chaque image, pour la graver, s'en gaver. De l'autre côté, bien sûr, j'avais vue en plongée sur un très beau tableau comme une ouverture sur la mer, une calanque à ma fenêtre. J'avais des mimosas séchés, comme un rayon de soleil oublié dans un vase, quelques boules noël abandonnées, des bougies éteintes, des verres et un miroir à traverser. Le plafond et ce grand mur blanc, où se noyer mais à quoi se raccrocher ? Parfois, le chat passait par là, revenait, partait, sans laisser la douleur s'évader.

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Quand la vie se met à tanguer

Cinq années passées —bientôt six— à cultiver le Sud comme une espérance, à entretenir ce blog comme une promesse de bonne humeur, comme un remède à la mémoire défaillante. Descendre, se promener, s'évader sans compter, puis remonter avec l'espoir de redescendre très vite. Six mois —bientôt sept— que la navette ne fonctionne plus. Le moral s'en ressent, le printemps s'installe sans moi, là-bas. Il fait pluvieux comme la saison veut ça. Les premières fraises récoltées, en barquette présentées à la rue des trois faucons, ne seront pas pour moi. Les rameaux ramassés, aux mains des pénitents gris à la rue des teinturiers, sont passés. Les cloches sont revenues, je suis restée.  

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Où on voit bien que le vert
s'est installé pour durer
(en moins d'une semaine,
la place a reverdi)

Sept semaines écoulées, une chaleur d'été s'est installée. J'ai repris la navette à l'occasion et le taxi par obligation. J'ai tenté de remonter dans un bus, qui ravive les douleurs à chaque tournant, à chaque secousse. Préférer l'ascenseur à l'escalier, éviter de s'éloigner, mesurer ses pas. Chaque effort se paie cash. Rien de cassé. Le médecin, bien étonné même ostéo, ne peut rien y changer.

Huit semaines bien comptées, un vent frais s'est imposé. La pluie rend le sol glissant même sans être gelé. J'ai fait l'acquisition de chaussures de sports sans faire aucun sport, pour pouvoir mieux affronter les pavés.
Ma hantise, mon cauchemar, mes douleurs répétées. Peu importe ma dégaine improbable, tant que je peux avancer sans tomber, encore hésitante, la jambe fragile, poser le pied sans faire vaciller la cheville. Chaque départ est une expédition, chaque retour est une victoire.

Deux mois effacés, deux mois pour re-commencer. Dans la maisonnée, faire attention, faire un peu, assurer le nécessaire. Pas de ménage sans se ménager. Qu'il est pesant l'entretien quand il ne sert à rien qu'à se faire mal. Qu'il fait du bien, quand on est fier d'avoir réussi à refaire un geste trivial. Se mettre des défis ridicules, les réussir ou devoir y renoncer sans pâlir. Ravaler son orgueil, il n'y aura pas de treuil, ni aucune assistance pour remontrer la pente. L'étudiante a largement fait sa part. L'apprenti architecte est parti à regret, ne sait quand reviendra et nous manque déjà. 

Hier, enfin, afin de me prouver que le printemps était installé et considérer que j'étais rétablie, je suis montée aux coteaux. Mon pèlerinage à moi, mon rocher de Solutré, avec les bâtons et sans canne. Pas les 374 marches du Buren mais des marches quand même. Vilaines marches qui blessent, qui tuent parfois. Attention sol glissant, même la police a mis des rubans. Arrivée au-dessus, sur l'esplanade qui n'a rien de commerciale, qui n'est que bucolique avec vue sur la ville, il était là. Le lilas ! Celui qui plaît tant à Madeleine, et comme j'aime ça. Lilas blanc, violet, mauve, pourpre et lilas, en lourdes grappes qui commencent à roussir. Le printemps arrive plus tôt chaque année, et j'ai failli être en retard.

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Flaque coupable

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Marches assassines

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Lilas inaccessibles

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      Parfum de victoire sous les glycines
Manque toujours le bleu !

NB : Au rang des nouvelles pas sympas, dont on ne sait si elles sont fondées ou pas, la disparition de ce blog annoncée ! Décidément, tout n'a qu'un temps. Et la fin mai est programmée. Si vous ne me retrouvez plus ici, vous me retrouverez ailleurs... On se tient au jus, on s'informe, on résiste, on archive aussi. On s'embrasse.   

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31/12/2014

Deux ans plus tard...

Il y a 730 jours exactement naissait ce blog. Il était supposé vous raconter notre vie mouvementée, vous conter nos journées balancées entre le gris du Nord et le bleu si bleu du Sud (bien qu'il arrive que la tendance s'inverse). 284 notes plus tard, nous en sommes toujours là !  A ne pas savoir si la vie partagée est une vraie vie ou seulement une vie rêvée, si la vie de compromis sans compromission est une solution. Et avec deux maisons, comment ne pas perdre la raison ? Et avec deux chats ? 

12222 clics plus tard, à raison de 510 clics par mois, soit quelque 17 clics par jour, vous êtes passés, vous êtes revenus, sans générer aucun revenu ! Pas tous en même temps heureusement ! Parfois même sans se connaître, en touriste. Mais souvent, c'est le plus important, en ami. Pour avoir des nouvelles de la couleur du ciel. Pas toujours serein, quelque peu incertain. Nos humeurs changeantes ont pu en dérouter certaines. Et nos coups de gueules en refroidir plus d'un. Ce n'était pas le but. Parfois, la marmite bout alors qu'on n'arrive pas à la faire bouillir ! Toujours, pourtant, avec la même volonté de vous informer, de vous divertir, de vous rassurer, de vous amuser et de vous aimer. Avec des photos, avec mes mots. Merci de votre fidélité.

L'an 15 approche, déjà quatorze s'en va sans autre guerre. Les chiffres sont plus rassurants que les images à la télévision. Un vent d'optimisme est la meilleure chose qui pourrait nous arriver, même si on sait qu'il faut continuer à lutter pied à pied, ne rien lâcher. Ca va encore tanguer. Pour ce qui est de déménager, on a déjà donné ! Chacun sait qu'entre deux accalmies, Mistral souffle sans relâche! Je vous souhaite une année bien arrimée, avec la faculté de pouvoir profiter de chaque moment de répit. La vie se déguste avec modération, à chaque gorgée de soleil.

Enfin, tout n'est pas perdu ! En deux ans, nous avons quand même trouvé la réponse à une des questions posées ! Pourquoi dit-on "en Avignon" ? Les festivaliers vous diront qu'ils descendent tous au festival "d'Avignon", mais aussi que c'est une expression de Parisiens, à qui on a fait croire qu'on disait "en" pour qu'ils se croient "in" !  Les puristes vous diront qu'on dit "à" Avignon, comme à Ostende et comme partout, mais que l'usage du "en" n'est pas condamné par l'Académie française ! Les intégristes vous diront qu'on s'en fiche comme d'un vulgaire fichu qui ne couvre même pas la bouche-du-rhône. Les nostalgiques vous diront que Mistral aurait dit "en Avignoun", car l'occitan —qui n'est pas le provençal— ne supporte pas l'hiatus. Les historiens, pas tous croyants, vous diront que c'est l'ancien état pontifical qui justifie l'usage d'une résidence "en Avignon comme en Provence". Enfin, l'information qui me plaît, est celle qui dit qu'on est "en Avignon" parce que c'est une ville dont on franchit les remparts ! Cette explication me semble logique de conforme. Je vous l'offre en cadeau de fin d'année. Rendez-vous à la prochaine ! Portez-vous bien. Soyez heureux Cool  

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Ceci est un chat qui s'adapte,
tant bien que mal,
à l'environnement d'une
étudiante japono-musicologue
.

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Les mêmes qui ont échappé à Alf...
c'est pourquoi l'image est floue !

BONNE ANNEE !!!

06/01/2014

Fruits confits

Le vent souffle ! Depuis mon retour dans le Nord, les nuits déchaînées s’enchaînent. Comprenez-moi bien, elles sont venteuses à souhait ! J’aurais presque l’impression d’être en Avignon, d’autant qu’il fait doux, presque aussi doux que d’août. Sauf qu’il pleut en même temps, sans prévenir et n’importe comment. Parler d’averses tropicales serait plus proche de la vérité. Non, décidément ce n’est pas le Mistral qui est remonté avec moi ! C’est une mini-tempête qui, à la nuit tombée, choisit de s’attaquer simultanément à la baie vitrée, à la terrasse à claires-voies et au passage couvert qui me sert de havre. Jamais je n’aurais dû choisir d’habiter à bord d’un navire qui tangue autant ! Les embruns, c’est bien quand ils sont salés, qu’ils fondent au palais comme les palets bretons d’un beau brun. Mais je m’égare. Si le Mistral dure trois jours, ici, le vent-sans-nom siffle toujours trois fois ! Une fois pour annoncer son arrivée, une fois pour confirmer qu’il ne s’est pas trompé, une troisième fois pour dire qu’il reviendra.

Qui a dit, c’est reparti comme en ’14 ? Meuh nooon, voyons ! 14 sera l’année de… heu... de… heu… de toutes les élections ! Voilà, c’est ça. Maintenant qu'il y a quarante-six bleus différents sur cette page, postés depuis un an, j'aimerais bien connaître celui qui a votre préférence. J'organise donc une élection ! Vous pouvez voter, secrètement ou pas, en MP ou en commentaire, pour votre Bleu favori ! Ca ne va pas changer le monde, juste changer notre regard. Vous avez jusqu'au 31 janvier minuit. Avant l'arrivée des grands froids.

Par sympathie avec les victimes du dérèglement climatique, de part et d’autre de l’Atlantique, au Nord comme au Sud, j’aurais bien remis la photo de l’ours blanc qui voit fondre sa banquise. Mais je préfère vous envoyer du bleu qui annonce le printemps avant l’heure. D’ailleurs, il n’y a plus d’heures non plus ! Je vous mets donc des fruits de Noël, comme c’est la tradition dans le Sud, sauf que ceux-ci sont du Nord. 

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Fruits confits sur bleu de janvier... 

 

21:01 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

24/07/2013

Chaud, gris et humide ...

Ce matin, le ciel de Wallandrie ne ressemble à rien ! Rien qui ressemble à une belle photo de ciel bleu que je pourrais poster pour nous faire rêver à l'été. Pas besoin d'y rêver, vous me direz, l'été est là ! Torride depuis plusieurs jours. Caniculaire dans les maisons et les homes où il faut penser à hydrater les aînés. De quoi se plaint-on ? Sauf que dans le Sud, avec 34°, le ciel est d'un bleu profond, alors qu'ici tout est gris. Il a plu, il a tonné, sans réellement rafraîchir l'air. Tout est humide qui ressemble à un climat tropical. Les fermiers ont rentré les ballots très vite, hier soir avant l'orage. Et le champ de froment du voisin s'abîme, c'est certain, on le voit bien. Ca va encore discuter ferme cette année, à Libramont, sur la piètre qualité des récoltes. Quel noble métier que celui de la paysannerie aux prises avec le réchauffement climatique ! On a vu des révolutions pour moi que ça. 

Ce matin, le ciel de mon écran ne ressemble à rien ! Il n'est plus noir, il n'est plus gris, il est vide. Un écriteau me dit que le blog est en suspension. Ou définitivement parti voir ailleurs si j'y suis. Mais j'y étais, voyons, quelle question ! Une vie en photos, des écrits en fantaisie, ses histoires en déraison et toute mon imagination en déclinaison. Un pré carré sur lequel je me suis régalée, à la soirée sans télé, pendant trois belles années. Mais tout cela n'était que virtuel bien sûr. Aurais-je jamais l'explication du pourquoi du comment ... ou de savoir s'il a oublié de payer sa redevance ? Parce que tout devient payant maintenant !

Bientôt, vous verrez ce qui vous pend au nez ! Ainsi, depuis deux jours, mes comptes de courriel  —qu'on disait hot— ont été découplés. Un comble, vous avouerez ! C'est que big father a beaucoup de mal à suivre nos facétites sur plusieurs adresses en même temps. C'est très bête un serveur destiné à établir des liens de A vers B, puis à mesurer combien de clics sur les sites de literie, afin de vous proposer une publicité !  Il n'aime pas du tout que les liens de A, de M, de X ou de Z s'établissent au même endroit ! Il est résolument monogame et refuse l'amour à plusieurs dans le même lit !  Quel triste destin que celui des internautes aux prises avec la dictacture du tout bien pensant qui est si bien pensé pour vous ! Et qui réfléchit même à votre place, tant qu'à faire. Bientôt plus besoin de cerveau non plus !  Clic - j'aime pas !

Formaté, aseptisé, tout normaté, vous croyez que j'exagère ? A peine ! Bientôt, on ne pourra plus mettre le t-shirt de son choix au festival de son coeur ! Quoi, c'est déjà le cas, au pays kalkoen ! On a vu des révolutions pour moins que ça ... 

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Ce chat gris a chaud ... et
se fiche pas mal de la couleur de votre t-shirt !

Cette photo n'a rien à voir avec cet article. Pas
la peine de chercher à faire du lien avec ses
copains matous qui ne sont pas sur minoubook.

 

10:31 Publié dans Blog, Web | Lien permanent | Commentaires (3)

05/03/2013

Hirondelle

Cette semaine, je vous avais promis
un coin de bleu ! 

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Il y a comme du printemps dans l'air. Ici, aussi ! On sent bien que les gens sont contents, tout étonnés aussi, après tant de froid, et de neige, et de gel, et de gris aussi, surtout de gris.  Ce qui paraît évident à chaque jour, au Sud, semble au Nord très étonnant ! Tout le monde en parle, à la radio, dans la rue, on en ferait volontiers un scoop ... tant le désir de printemps balaie tout. Au Sud, l'étonnant serait que le ciel soit gris et le mistral en grève. Tout est question d'habitude et je m'habitude très bien à la vie en bleu. Quoi d'étonnant, en vérité !

A onze ans, le médecin scolaire recommandait à mes parents : "Mireille doit éviter les travaux lourds et fatigants, le froid, l'humidité et les poussières". A vrai dire, la lettre était adressée à mon père, seul détenteur alors de l'autorité parentale, mais à quelle époque vivions-nous !!! Il n'a pas vraiment eu l'occasion d'en tenir compte, évacué très vite de ma vie d'adolescente. Et ma mère a dû oublier, trop occupée à trop, à tout et à trois. Et moi, je me suis toujours demandée pourquoi, et comment, un médecin à onze ans avait pu voir que je pourrais souffrir un jour de fibromyalgie. A cette époque, les médecins étaient drôlement futés quand même ! Et au Sud, depuis longtemps, j'aurais dû aller !  J'y retourne ... 

Avant de partir, je vous livre une vue sur champs qui m'enchante à chaque fois. Et qui va me manquer, je sais déjà, comme les amis me manquent aussi, et qu'il m'a fait plaisir de les voir dans le Nord et qu'il me ferait plaisir les voir dans le Sud, un jour d'été ou même à l'automne !  

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On dirait l'automne,
mais c'est le printemps du Nord !

 

07:09 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)