10/01/2016

An Neuf (2+0+1+6)

Voilà qu'elle a commencé cette année, sans trop se faire remarquer autrement qu'en enterrant la précédente, qui fut chaude et violente. Bien sûr, elle a déjà fauché au passage quelques Michel, quelques musiciens, quelques comédiens, notre lot devenu quotidien. On la voudrait différente, et pourtant on sait bien que rien ne change vraiment. Que toutes les bonnes résolutions seront au diapason de nos illusions, le temps d'une chanson. L'occasion de se souhaiter un vent meilleur et des moments de bonheur à grappiller, ici ou là. S'évader sans laisser le temps s'échapper.

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Pour bien commencer, je vous mets du bleu de Bruges. Un bleu d'hiver qui ressemble au printemps du Nord. Un canal moins bas qu'il n'y paraît, dans une ville où j'avais régulièrement rendez-vous avec un imprimeur, qui était une imprimerie du temps où les rotatives tournaient encore. Une ville européenne qui forme des eurocrates que j'aurais voulu former à être moins crasses, plus humains, plus malins. J'ai dû sauter une étape...

Plus au Nord, je vous mets du bleu Rembrandt qui ressemble à un village de carte postale, et sans frontière, du temps de Schengen. Une époque où on circulait sans plus penser qu'on pouvait être arrêté en si bon chemin, en traversant seulement le jardin, sans imaginer qu'on pourrait couler dans un bras de mer infranchissable, ou même mourir sur le sable.   

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C'est là qu'on s'aperçoit qu'on a vieilli et l'appareil photo aussi ! Sur la plage, qui ressemble indifféremment à un tableau de Spillaert (Léon) ou de Van Rysselberghe (Théo), on se dit qu'il n'y a pas que la lumière qui nous joue des tours ! On réalise qu'on ne sera jamais Vincent, autant m'importe le vent. 

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Revient alors l'envie de reprendre l'aquarelle qu'on a abandonnée, on sait désormais pourquoi ! Des photos tu feras, et autant qu'il t'en plaira tu rateras ! Ce fut un vrai plaisir de reprendre l'appareil en main, ce fut une vraie déception de voir la réalité déformée, ce fut un vrai crève-coeur de voir qu'il était vraiment cassé ! Je vous en mets quand même, quelques photos, très étonnantes, pour vous inviter à jouer,  pour apprendre à vous méfier des apparences. Et puis, ce bleu hallucinant, halluciné, qui n'a plus rien de commun avec rien. Parce qu'en 2016, tout peut vraiment arriver !

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Photos garanties sans retouche aucune ! Mais moi, j'aime bien retoucher les mots pour leur donner du sens. Les détourner pour y découvrir une vérité. Sur la dernière photo, on peut lire au fronton de l'église, trois mots gravés. DEUS, un mot qui prend une place démesurée, quel que soit le prénom qu'on lui donne. Il va marquer cette année, et d'autres encore, au long de ce siècle, comme André l'aurait dit. REFUGIUM, un mot qui prend toute sa dimension quand il s'agit d'accueillir toute la misère du monde, et même qu'on n'aura pas fini d'en parler en 2016. NOSTRUM, enfin, un mot qui nous renvoie à ce que nous sommes, tous ensemble, et à notre bien commun, la Terre. Bien sûr, il faut pouvoir décrypter ce message caché ! Lire entre les lignes pour deviner l'avenir qui reste à inventer. Vous avez le champ libre pour être heureux comme vous l'entendez !

Un voeu pour 2016 ? Ce serait bien quand même d'avoir un appareil qui fasse de vraies photos pour vous écrire de vrais textes qui vous raconte de vraies histoires... A propos d'histoire, l'étudiante étudie pour son examen d'Histoire contemporaine. Et je vous assure, ce n'est pas marrant tous les jours. Vivement qu'elle se remette au japonais !  

 

11/05/2015

Coin d'en France

Voyez si j'aime ça ! Me réveiller en musique et en paroles familières. Me lever alors qu'il fait doux déjà. Déjeuner d'un café serré, avec un bout de baguette beurrée au camembert parfumé. Prendre le bus juste en face, à l'arrêt démoli qu'on va remplacer par un nouvel abri d'un panneau solaire tout couvert. Discuter, sous les platanes penchés, des enfants mal-élevés, avec une famille handicapée qui, à Mistral 7, se rend pour faire les courses. Les habitants des grands immeubles voisins ont un visage humain. Se laisser bercer par Muse, cahotée à travers les ronds-points de la nationale 7. Arriver à Montfavet-salle-des-fêtes, acheter Marianne à un prix décent et la Provence, le journal qui titre, Avignon-le-programme-du-off. Se dire qu'on est enfin en France comme chez soi ! 

Remonter au milieu du parc qu'on appelle agro-scientifique. Apercevoir des genêts, longer une sorgue, passer le petit pont de bois, rejoindre la salle de réunion très informelle. Renouer, donner des leçons, écouter les conseils. Semer pour mieux récolter à l'année. Refaire du réseau. Débriefer en terrasse à l'ombre d'un perrier-rondelle. Revenir vers les remparts, avec des idées et des projets à concrétiser. Déjeuner de frais navets glacés et d'un magret pas trop gras, de rosé léger arrosé. Faire une sieste. Faire une photo du bleu, toujours étonnée. Prendre un morceau de papier. Ecrire et dessiner. Ouvrir la fenêtre qui donne sur le jardin. Faire sécher le linge. Finir un rapport. Ne pas oublier d'aller chercher le pain pour demain. Il fera plus chaud encore, confirme la boulangère. 30° au moins ! On dirait qu'au Sud le temps fait moins mal...

IMG_1876.JPG Un bouquet de jaune... en cadeau !

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Un coin de bleu... plein les yeux !

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16/11/2014

Impasse à coeur

Filles-de-la-croix ! Mais oui, bon-sang-de-bondieu ! Voilà que j'ai retrouvé le nom de l'école de ma mère, dans la rue-derrière-chez-moi-hors-le-château. Maintenant, bien sûr, c'est un complexe scolaire associé à d'un saint voisin qui n'y est pour rien ! Mais le nom de la mère supérieure qui fonda l'école primaire est encore inscrit sur la porte. De l'avantage de garder des traces écrites, dans cette ville qui aime bien les mères et les saints et les croix ! Je vous mets quelques images très pieuses. Ce sont des potales, d'un beau bleu, parfois cachées au fond d'impasses très étroites, où il n'y a pas un chat qui passe. Là, je ne fais que rôder, je m'imprègne du quartier, j'observe les nuances de gris. Je guette les portes qui ne s'ouvrent plus et les murs à jamais muets. 

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Certaines impasses ne mènent à rien,
je tourne en rond...

Puis, passant le pont, j'ai été en outre-meuse-zone-interdite, pour rechercher des traces du passé, étalées. Mais, remontant le boulevard vers saint-pholien, je n'ai vu rien. Que des objets sans âme, des portraits anonymes et des anonymes bavards, des loques et des cliquottes, des vases de saint-lambert, des tapis, des souris, des pots d'étain et des poteries, et ...bien évidemment aussi... des potales !

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Pas terrible la pêche, ce matin...
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... on remballe déjà !

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Comme chacun sait,
l'âne rouge est un roman de Georges,
qui habita par là
...

Des histoires me reviennent,
avec l'envie d'écrire
.

Et puis, si quelqu'un peut m'expliquer, pourquoi quand je tape "âne rouge liège" le moteur de recherche me propose le portrait d'Alain Bashung ? L'inattendu du grand n'importe quoi pour une fois m'amuse. Je vous l'offre, tiens ! Résident de la République d'Outremeuse !

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Photo de Dominique Houcmant - Goldo
Photographe liégeois qui passait par là !

10/10/2014

Modiano for ever

"Le mariage eut lieu, je me souviens très bien, un samedi de mai, ou était-ce en juin, l'année où Modiano reçut le prix Nobel de littérature, j'en suis certain " ! Confusion de la mémoire, les prix sont attribués en novembre ! Mais cette phrase-là, écrite il y a longtemps déjà, parlait d'un futur lointain désormais certain ! J'aime bien la littérature visionnaire. Début d'une nouvelle, jamais publiée, du temps où j'écrivais à l'encre, sur du papier ligné, en grands cahiers reliés. Bien avant l'ère de l'éphémère et de la mémoire virtuelle. Bien avant que s'emmêlent les fils des histoires à raconter et à réinventer. 

Modiano, je l'ai découvert par hasard, un jour de très grand ennui, au soleil d'Algarve. Dans un palace, au milieu d'un golf parfait — moi qui ne jouais pas—, des mannequins posaient. Séance photo pour magazine glacé. Il faisait bien 30°. C'était juillet, il me souvient, me souviendra, me survivra. 

A la librairie, je revois le tourniquet, quelques livres de poche en français. Comme une bouée amarrée au port de Faro. Rue des boutiques obscures, un peu de fraîcheur bienvenue. Villa triste, dans la salle à manger. Seule, attablée, je les ai tous dévorés ! Dimanches d'août, alors qu'on était en juillet, je vous rappelle et que la Place de l'Etoile n'était pas vraiment à sa place. A trente ans, une Jeunesse qui s'enfuit déjà. Ronde de nuit toute la nuit, sarabande sur les Boulevards de ceinture. Patrick Modiano m'a réconciliée avec le français, la littérature, la mémoire et les rues de Paris. Jamais plus, nulle part, je ne déambule pareillement, m'arrêtant à chaque coin de trottoir pour voir défiler les ombres de ma vie et celles des autres, en rétroprojection. 

A Avignon, au printemps dernier, une conférencière à la bibliothèque municipale nous a parlé de l'oeuvre et de l'auteur. De jeunes étudiantes du conservatoire nous ont lu avec ferveur des extraits choisis. M'apercevoir alors que je le connaissais mieux que je n'aurais crû. Et que pourtant, je le découvrais à chaque ligne. Passeur de mémoire, Modiano fait partie de notre patrimoine commun et de mon ADN.  Un jour, sa voix douce et sa grave mélancolie m'ont sauvé la vie.

Je suis ravie de ce prix, de ce choix, de la confirmation de ce qui était alors une belle intuition ! Oui, la littérature française existe, hors les clowns levy&musso réunis ! Et il est très encourageant de voir que, par le monde, d'autres puissent reconnaître la qualité d'une oeuvre pour ce qu'elle a d'universel et d'intemporel. Parce que la recherche du temps perdu reste une démarche profondément réconfortante. Je dirais même salutaire, merci Monsieur Modiano.

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Forever Young

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07/05/2014

Est-ce que ce monde est sérieux ?

A Tarascon-Pont, j'ai traversé le Rhône. Le train est à destination de Port-Bou-c'est-encore-loin-mais-où ... sauf que je descends très vite. A Nîmes, la ville avec un accent! J'adore ce slogan qui n'est pas de moi !  Le bleu n'est pas bleu, les arènes à leur place, le rendez-vous sur la place. En cette journée-mondiale-des-amitiés-littéraires-nées-dans-l'éther, qui aurait pu être hier, le rendez-vous est chaleureux, simple et sans enjeux. Quand deux auteurs se rencontrent, ils se racontent des histoires d'histoires à écrire... tout simplement ! Cette fois-ci, j'ai fait bien attention d'éviter les allusions aux éditeurs foireux et toutes les recommandations fumeuses. Et on n'a pas abordé non plus la guerre des étoiles, vu que la force est en nous quoi qu'on fasse.

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 Corrida au repos, fin de sangria  !

Bien sûr, je ne m'attendais pas à croiser le-très-léger-lévy-en-chair, dès mon arrivée en gare ! J'étais même étonnée qu'il se charge lui-même de faire sa pub, en pied et en couleurs, sous les néons du couloir secondaire.  Que ne ferait-on pas pour vendre sa prose ? La pute à la gare ! Ce qui, entre parenthèses, me paraît peut-être plus utile à l'humanité mais je ne vais pas ergoter. Chacun lit ce qu'il lui plaît. J'avais seulement une autre idée de la littérature.

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Auteur faisant le pied de grue

A vrai dire, je me fais surtout une autre idée des auteurs. Modestes, plus souvent, discrets, façon Modiano, doutant de leur talent, presque gênés d'oser mettre des mots sur des histoires qu'on dirait insolites à défaut d'être originales. La création est un mystère, et les créateurs des êtres sensibles et incompris. Enfin, il me semble. Et ceux qu'il m'est arrivé de croiser sont touchants de cette fragilité. Nul ne sait ce qu'il adviendra de leurs vers, ni vers quel univers ils iront un jour se faire publier. Ou pas.

En attendant, je vous mets l'allée du roi, qui s'ouvre à tous les rêves de gloire au sortir de la gare. On y a mis des bancs pour se parler, des tables pour écrire, des jeux pour les enfants grandissant tandis que leur maman lit ce qu'elle appelle un roman. Un fin filet coule qui rafraîchit les idées, c'est très joliment fait. Avant les vêpres, j'ai repris le train, nourrie de mots et d'images, toujours ouverte à d'autres découvertes. J'ai renoncé à acheter un violon électrique et j'ai remis mon cachemire. J'ai laissé les taureaux sur les cendriers gravés et le toréro de bronze sur la place sans soleil.

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Ce n'est pas encore Versailles !
 La vieille gare de Nîmes a été
rendue plus belle, à l'image de la ville,
rénovée après les inondations.
Elle s'étend très sereinement, riche et
lumineuse quand le soleil s'invite.  

04/05/2014

Fast book

Il arrive que certains me demandent à quoi ressemble la place-pie-qui-fut-pape, un jour de printemps par grand vent. Je vous le dis tout de suite, elle ressemble à ça !

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Autrement dit, à pas grand chose ! Les tables sont dressées mais les chaises sont vides. Les parasols sont pliés et les gens pressés. Il fait 22° mais personne pour s'asseoir. Et on voit bien que personne ne lit. Y'a pas écrit fada non plus ! Ici, quand Mistral souffle, tout le monde se couche. La vie au ralenti à s'accrocher aux branches. Les jeunes feuilles de platane, à peine écloses, sont déjà réduites à rien. Elles s'accumulent dans l'entrée et valsent en tourbillonnant...

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Alors, parce que le vent fort fatigue fort, on pense à aller se réfugier dans un endroit où les feuilles sont à l'abri. Dans ce grand magasin de la Ré, qu'il m'est interdit de nommer  — je me suis fait tancer à trop photographier, vous allez vite comprendre pourquoi —, j'ai pu observer de quoi le monde se nourrit. Consternée j'étais ! Vous avez vu à quoi sert la pâte à papier des arbres abattus à l'été ? A imprimer des navets en grandes quantités ! Pas fier, il était le petit gars qui ne voulait pas que je fasse des photos. Vous avez sous les yeux le tableau des  meilleurs ventes, en France, et dans ce magasin en particulier. Cherchez l'erreur.

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Vous avez trouvé ? Il arrive que Musso-dépasse-Lévy alors que les deux sortent deux livres différents en même temps ! Un petit et un grand, qu'ils appellent romans. Derrière vient Pancol, avec deux tomes également, puis Gavalda, je n'insiste pas. C'est ce qu'on appelle la monoculture littéraire ! Et non, je ne suis pas au rayon librairie d'une grande surface qu'on appelle aux-champs... ni casino, ni carrefour, ni aucune autre enseigne concurrente. Je suis dans un magasin qui se vanta longtemps d'être un bouillon de culture, à chercher vainement un essai de Jacques Julliard sur la vie de Simone Weil.

Quand même, un grand journaliste qui parle d'une grande philosophe, ça devrait se remarquer, non ? Ce petit livre vivifiant, qu'on peut qualifier au choix d'intelligent ou d'intello, je l'ai finalement trouvé. Coincé sur la dernière rangée de l'étagère du bas, à gauche, au fond du magasin, juste à côté de la porte de secours, entre l'extincteur et la réserve. Un livre, imprimé en février, sorti en mars, et dont la critique du mois d'avril dit le plus grand bien. Ce qui est bien aussi, c'est qu'il est densément écrit. On peut prendre le temps de le lire, de le relire et de l'annoter. Il donne à réfléchir, aux khâgneux, aux hypokhâgneuses, à ceux qui font l'ENA ou sciences-po en horaires décalés. Ca me console. Sans réellement me rassurer quant à l'avenir de la littérature française !

A ce moment très précis, j'ai une pensée particulière pour tous les écrivains en herbe et toutes les écrivaines en verve. Avec cette recommandation de circonstance, pour
être publié, il suffit d'écrire léger ! Avec tout ce vent, désormais les écrits s'envolent comme les paroles. Mais pour passer à la postérité, il faudra s'accrocher.

PS/ Cette nuit, Mistral soufflait si fort, avec ce bruit particulier du train qui entre en gare sans s'arrêter, que j'avais le choix entre :  vous écrire ou lire un livre très assommant.

05/04/2014

Grand Bleu

Il plongeait avec des nerfs d'acier et une ceinture de plomb ! Personne n'a oublié sa dégaine improbable, ses yeux myopes, sa rivalité avec Mayol-Baer, ni la musique d'Eric Serra dans le film de Besson. Après, bien sûr, il y eut Léon, les Visiteurs, j'en passe et des meilleurs, et des moins bons. Acteur monolithique, émotif, énigmatique mais drôle à sa façon. Si je vous parle de Reno, dont je ne partage pas les idées politiques, c'est parce qu'il est à la une d'un film qui me parle comme je vous parle depuis un an du grand bleu !

Avis de Mistral ! Tel est le nom du film. Il a été tourné à 25 km de chez moi, je veux dire d'Avignon, qui est un peu chez moi aussi, désormais, comme je m'y sens bien. Il a été tourné à Eygalières, le village de Michel Drucker, qui y fait une apparition à vélo, dans une scène imaginée rien que pour lui. C'est vous dire si le niveau de la mer est élevé cette année ! On aperçoit bien la Camargue et les taureaux, que personnellement je n'ai jamais croisés. On y parle de Maussane, le village de Mistral. C'est normal, c'est un film régional. Il n'atteindra jamais le succès des Ch'tis, je vous préviens ! Un peu bancal et très artisanal. On dirait volontiers que c'est un film de télé. Vivement dimanche prochain que je me remette à écrire. 

Pourtant, ce film cousu de fil blanc m'a touché. D'abord, par ce petit garçon muet aux grands yeux malins. Par ces ados connectés à la journée aux réseaux sociaux et qui trouvent que décidément dans le Sud, il fait trop chaud ! Par ces motards rockeurs et ringards, qui existent encore, on se demande comment. Par les marchands du marché que j'ai côtoyés à l'été. Par la lumière des Alpilles et les champs d'oliviers. Oui, j'ai aimé m'y retrouver.

Bien sûr, ce n'est jamais qu'une vision tronquée des bobos parisiens sur la Provence. On est très loin des bus et des écoles, des courses au Pontet, des files d'attente de ceux qui veulent tracter au festival ou qui sont simplement en recherche d'emploi. Ce n'est pas non plus la Demoiselle d'Avignon, ni Frédéric le Gardian. Série télé, peut-être, mais avec le scénario en moins ! Bref, le film vaut d'abord quand on aime Jean Reno et le ciel bleu, comme un pléonasme vicieux ! Et, sans être originale, la musique n'est pas mal, surtout pour ceux qui aiment Hugues Aufray au coin du feu et les chansons des sixties. C'est un peu Radio Nostalgie.

Mais la véritable — la principale, l'incontournable— qualité de ce film à mes yeux, c'est qu'il met à l'honneur la gare d'Avignon ! Celle dont je ne cesse de vous parler, celle qui ponctue mes voyages incessants. Mon Zepplin préféré ! Voyez comme elle est belle ! Il s'y passe des scènes d'arrivée, de départ et de retrouvailles. Comme dans la vraie vie. Comme dans le film de ma vie.

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Dans le Zepplin, les oliviers sont empotés...

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Dans le buro de Mado, s'écrit le scénario...