15/04/2017

Des bleus au coeur

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Depuis quelques semaines déjà, j'avais envie de poster de belles images du printemps arrivé. Je fus retardée. Tant d'imprévus que le temps ne rattrape plus. Toujours ce lapin blanc qui court en vain et nous pose un lapin. Le coeur s'emballe, le coeur s'affole. J'ai donc testé pour vous le service des urgences de la citadelle et je peux vous dire que j'ai dé-testé. Il ne vaut pas le détour. Si vous pouvez éviter, passez votre chemin.

D'abord, parce qu'on est à Lîdje ! Si j'ai miraculeusement réussi à éviter le couloir des urgences, qui ressemble un camp de réfugiés pas encore démantelé, je me suis rapidement trouvée enfermée dans une salle très pâle et pas trop sale. C'était si calme qu'on aurait facilement pu oublier que j'existais, et même j'aurais pu cesser d'exister, sans que personne ne s'en inquiète. Mais il paraît que je suis de nature beaucoup trop inquiète ! Seul le moniteur sonnait sans rime et sans raison, ce qui n'étonnait personne. Il était déréglé, paraît-il, ce qui était parfaitement rassurant. Après 5 heures passées, sans autre indication, il a fallu migré vers des lieux moins sereins, qui n'étaient pas à Seraing non plus. "Mais où j'vais la mettre celle-là", s'insurge en me voyant l'infirmière du département de cardio (dites 33), déserté de ses occupants après ce qui devait être une attaque de ninjas. Après une nuit passée sans trop savoir pourquoi, espérant des lendemains qui chantent, me voilà exaucée ! Au petit matin, je me retrouve dans une volière...

Dire que j'avais failli oublier que j'étais à Lîdje, ville conviviale s'il en est ! Ca babille, ça piaille, ça caquette, ça craquette, ça cancane, ça glapit, ça glousse, ça glouglote, bref, pour tout dire, ça bavarde ! Haut et fort. C'est joyeux, futile et léger, totalement indifférent à la souffrance des patients, qui de toute façon sont absents ou mourants ou seulement incontinents. Ce n'est pas qu'on se sente seul mais, quand on appelle, on attend en vain que quelqu'un vous entende. Parce que bien sûr, ici et comme nulle part ailleurs, vie privée et vie professionnelle sont parfaitement mélangées. Chacune y va de son histoire personnelle, des derniers potins, des bêtises du gamin, de la soirée agitée, des boucles d'oreilles, de la voiture en panne, du mari qui passe qu'on appelle parfois amant, et de tout ce qui fait que c'est terriblement et absolument vivant. J'ai oublié de vous piquer ?

Tandis que je descendais, enfin, pour faire l'échographie demandée depuis la veille, j'ai croisé dans le couloir un interne qui courait avec le défibrillateur. C'est très rassurant, dans un service cardio, de savoir qu'ils n'ont pas ce type d'engin sous la main. En remontant, la famille du défunt était informée qu'on allait appeler les pompes funèbres. Ils peuvent être efficaces aussi. D'ailleurs, l'interne a bien expliqué à l'infirmière que le patient avait un pacemaker qui a faussé les résultats, ou quelque chose comme ça, je n'ai pas tout compris de ce qui n'était déjà plus un secret médical pour personne. Finalement, c'est très édifiant de voir que, dans un service cardio, qu'on y meurt aussi bien qu'ailleurs. Pas la peine d'y aller, finalement, on s'en sort très bien sans !

Je vous rassure, je suis sortie. Un peu sonnée, j'avoue. L'air printanier certainement. J'étais aussi mal qu'en entrant, hébétée mais simplement libérée, ce qui rend tout de suite la vie plus légère. Depuis, je me ménage, j'évite le ménage, je ralentis dans les tournants, j'attends de voir des médecins compétents. Ne vous inquiétez pas. Je profite du printemps. Il y a des feuilles aux arbres, du pollen qui fait éternuer, c'est sans danger. J'ai repris le bateau sur la Meuse. Chi va piano...

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En sortant, quelque chose avait changé... 

 

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23:04 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (1)

10/02/2017

Qui a dit que ça allait mal ?

Remontée embrumée, enrhumée, encombrée, décalée. Retard au départ, aggravé, résorbé jusqu'à Lille. Puis, le délai s'est accentué. On a joué à l'accordéon. Mais on n'a même pas raté le train annulé, puisqu'il était annulé ! On n'a même pas couru dans les escalators en panne. On a juste pris le train suivant, qui était en retard et bondé bien sûr. C'était tout juste mais c'était jouable. On avait tout calculé. On avait même pensé à commander un taxi pour charger notre  paquetage et conduire en urgence l'étudiante à l'opéra. Patatras ! Et là, tous les plans se sont écroulés. N'est pas Hubert qui veut, ni même taxi Melchior. Le service n'est plus ce qu'il était. Et il n'était pas là ! Ou pire, plus sûrement, il était là ! Mais il a chargé sous nos yeux une autre personne, de ses amies ou de sa famille, tout en niant effrontément avoir été appelé ! La centrale s'est chargée de le rappeler à l'ordre mais en attendant nous étions là, les bras plein de valises, regardant trotter l'aiguille, impuissantes. Enfer et damnation de Faust ! Encore raté.

Quelle joie de remonter au pays ! Mais, décidément, je ne suis pas d'ici. J'y paie mes impôts seulement. Et ils se chargent opportunément de me le rappeler. Je n'ai pas dû bien intégrer toutes les règles locales. Je ne triche pas comme il faudrait, je leur dois beaucoup trop, ce n'est pas normal. Prime à ceux usent et abusent de toutes les ficelles fiscales. Je suis dégoûtée, écoeurée, j'en ai la nausée, je me suis mise à tousser. En quête d'un médecin, je cherche toujours !

A Liège-central, ils ne prennent plus de nouveaux patients. Mais, moi, vous comprenez je viens d'arriver... Faudra vous démmer-brouiller ! Donc, je peux crever ? C'est bien noté... Je ne suis ni immigré, ni réfugié, ni sans abri, ni sans emploi, ni sans papier, ni sans diplôme, ni sans ressources (quoique bientôt). Pas même pestiférée. Je voudrais juste me soigner pour pouvoir continuer à travailler, pour pouvoir payer les dits-impôts et les études de ma fille qui étudie dans ce pays que je n'ai pas choisi, où ma mère est née, ma grand-mère aussi, et dont j'aurais bien voulu partir, vous comprenez. Les soins pour tous, ils disaient. Après, on s'étonne que ça dérape...

Aux grands maux, les grands remèdes ! Repos, sirop, aspro. Inhalation aussi, comme faisait ma mère. Mais qu'est-ce que j'ai fait de l'inhalateur ? J'aborde une pharmacie, non loin du bureau.  Ah non, tiens, il est midi-trente-cinq, elle est éteinte. Je me rends au centre du centre de la cité, dans une officine réputée pour ouvrir tôt (8h30, toutes les autres étant closes jusqu'à 9h voire même 10h). Deux préposées supposées pharmaciennes papotent. Un masque inhalateur, elle me demande ? Non, juste un pot en plastique qui ne soit pas un pot de chambre. Elle ouvre un tiroir, consulte son ordinateur. Ah, non, ils ne les font plus !!! Ou, alors, on peut peut-être le trouver ailleurs, n'est-ce pas Nelly ? Il faut toujours qu'ils ou elles vérifient entre eux, en toute circonstance. Ca prend deux fois plus de temps, pour un résultat toujours peu certain, parce qu'ils et elles se renforcent mutuellement dans leurs erreurs, enfin, je dis ça... Bref, ça coûterait, dit l'autre, 22 euros. Sinon, aller voir, près de l'Université, c'est pas loin. Seulement 10 minutes sous la pluie et le vent à l'opposé de chez moi, ce qui va arranger ma crève !

Je reprends mon chemin de croix, façon-fillon-un-clou-chaque-jour, bien décidée à entrer dans toutes les pharmacies que je croise. Au coin d'une rue, un local peu engageant. Un petit ventru-trapu-et-mal-élevé se faufile pour passer devant moi. Restons zen. Bonjour Benoit. Salut Damien. La bise que voilà, et ton dos, et mes épaules, et mon ventre, et moi j'attends. Tu n'aurais pas un médicament que je ne sais plus bien le nom. Que tu as vu à la télévision ? Mais non, que j'ai déjà acheté, mais pas ici. Pendant ce temps, l'autre pharmacien-ou-cienne bavarde avec celui qui fait la préparation pour la dame qui voudrait aussi du daflagan©... mais en générique  ! Alors, le geste qui prendrait 3 secondes montre en main (je me retourne, je prends la boîte rouge derrière moi, je la pose sur le comptoir) se transforme en expédition dans l'arrière salle à la recherche du fameux paracétamol, ce composé unique qui ne fait même plus la fortune des laboratoires !

Derrière, un pépé et son gamin, une dame et son bébé, moi et ma toux, on attend. Quand, enfin, il s'intéresse à mon cas, il me propose un ventilateur, un respirateur électronique, une vaporette, un intubateur, j'ai dû mal m'exprimer! Non, juste en un pot en plastique, pour éviter d'avoir à mettre une serviette sur la tête et la tête dans l'eau bouillante. Ah oui, je dois en avoir. Il repart dans la pénombre et resurgit cinq minutes plus tard, avec l'engin ! Bingo, 8 euros. J'aurais presque gagné au loto ! L'étudiante vient de me donner ses chiffres : 14 - 15 - 16 - 18 - 19 C'est réussi, brillamment ! Tout va bien, enfin presque.

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PS : Dans ma quête, j'ai traversé l'impasse de l'ange, trouvé un médecin qui peut me recevoir, mais qui me prévient :  il est psychiatre ! Après, j'en ai trouvé un autre, plus loin, plus à l'Ouest. Il confirme que le bleu m'est vital, comme les cartes du même nom ! 

15:21 Publié dans Médecine | Lien permanent | Commentaires (2)

11/12/2014

Mensonge en blanc

Parfois, on se dit que la vie vous poursuit. Par-delà la mort. Par-delà les monts, les océans, les frontières, et tous les kilomètres qu'on peut mettre pour trouver la paix intérieure. Le 10, ma mère mourait. Le 11, ma mère naissait. Depuis huit ans, je n'ai jamais vraiment réussi à me faire à cette réalité, qui tient à un jour près. A une année, moins un jour. A un jour de douleur en moins, pour elle. A une éternité de silence pour nous. Alors, de la ville nouvelle j'ai fui. Jusqu'à Liège, sur ses pas, dans son ombre, j'ai marché. Mais que l'histoire est pesante ! Alors, jusqu'à Avignon, sur le pont, j'ai été me réfugier. Que la lumière me réchauffe ! Reconstruire des histoires.

Mais voilà que les images qui voyagent nous rattrapent. A un jour près, en ce mois de décembre. Au plus profond de l'intimité, au salon de l'amitié, me voilà foudroyée. Voilà que sa chambre d'hôpital resurgit, huit ans plus tard, sur le petit écran ! Cauchemar vivant. Les couloirs, les portes, les fenêtres, l'odeur qui traverse les murs. Et voilà que le médecin honni, réapparait. Voilà que celle qui a refusé d'administrer à ma mère la dose létale, se drape dans sa foi de bonne chrétienne, de fervente catholique et se pose en modèle de vertu ! Voilà qu'elle vient dire, tout sourire, qu'elle accepte à regret les dernières volontés d'un mourant. Voilà qu'elle parle de surmonter l'hypocrisie... Je m'étrangle.

Que n'ai-je assez pleuré ? Que ne l'ai-je assez suppliée pour qu'elle accepte, une fois seulement, d'écouter ma mère ? Pour qu'elle accepte d'abréger ses souffrances. Un jour de plus, un jour de moins, dit-elle à l'écran, de toute façon, il leur faudra bien mourir. Elle se repaît, elle se complait, de la souffrance des autres ! Si j'avais pu lui crever les yeux, lui arracher la langue, lui écorcher les veines, lui tordre les bras pour qu'elle prenne la seringue. Mais non, elle était sourde à nos cris, aux hurlements de maman, à la pestilence qui gagnait. Et elle est là, devant moi, devant nous, tout sourire, sainte-corinne-devande-ouste. Bien vivante, parlant à la France entière de l'euthanasie, elle qui, en vérité, n'a pas pu se résoudre à la pratiquer. Elle n'a jamais posé le geste qu'il fallait. Aujourd'hui, elle choisit d'écrire un livre mais laisse à d'autres le soin de poursuivre le traitement palliatif, hypocrite. Quand Bérénice l'infirmière a placé la perfusion de morphine, au soir de mon anniversaire, elle a dit "ça devrait aller vite maintenant". Dix jours d'agonie !!! Huit ans que je me tais.