02/07/2017

Bleu actif

Dimanche, j'y étais ! Et vous... ? A l'arrivée du Tour de France à Liège-principauté-de-la-république ? Non pas... En bord de Meuse, de Tihange à Aachen, en passant par Maastricht. J'y étais bien sûr! Maillon d'une chaîne humaine de nonante-quatre-vingt-dix-neunzig-negentig-ninety et quelques kilomètres. Avec des teutons (plein), avec des bataves (plein), avec des coqs gaulois (peu), avec des anglois (naucun), avec des persans (cinq), avec des wallons verts et des flamings roses. 50.000 personnes et quelques enfants, des bébés, des chiards, des chaisards, des cyclistes et un unijambiste. Opposés et opposants, militants sans militaires, pour la fin du nucléaire. Pour l'arrêt immédiat, programmé, pas même étalé, des centrales fissurées qui menacent d'exploser. Un jour qui sait... on ne sera plus là pour le raconter.

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Je n'étais pas à Tihange mais à Liège, donc je n'ai pas pris cette photo

Bien organisés, des cars entiers de militants allemands ont débarqués. Déterminés, les hollandais à vélo, avec fleurs et sans couronne. Des écolos du limbourg et du namurois, et puis bien sûr de vaillants liégeois. Elle était belle la chaîne humaine des valeurs écologiques européennes. Celles qu'on défend pour nos enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants et leurs descendants. Je parle des vôtres surtout. Donc, nous y étions. Et pourtant trop peu d'images de la chaîne sur les chaînes de télévision. Alors que pour voir le tour de France et sa caravane de publicité, combien se sont déplacés ? Et combien d'images en boucle de la grande boucle ?

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Entraînement collectif à la formation d'une chaîne humaine, avec publicité, sur la place Saint-Lambert à l'occasion du village chinois wink

Or, donc, la vie continue à Liège comme partout, avec animations, démonstrations et libations. L'étudiante a perfectionné son chinois, examen oral, examen écrit, 18 de moyenne, on peut dire que c'est réussi ! Elle va parfaire son japonais cet automne à l'université internationale de Nagoya, troisième ville du Japon, connue pour être le siège d'une célèbre marque de voiture, qui commence par T et finit par A. Il me revient que ma mère en posséda une que mon frère cartonna par mégarde. Elle était bleue. Je cherche encore la photo....

Pour les autres cours, elle a parfaitement réussi, à présenter, en français ou en anglais, les résultats de ses recherches sur des objets d'art, peintures et autres kotos qui la passionnent. Au final, pour la session: 16 16 17 18 18 19. Et au total pour l'année, une moyenne de 17. Oui, c'est vraiment très bien!

Voilà qui nous réjouit à l'entame d'un été qui a déjà bien commencé. On a eu chaud, très chaud, trop chaud. Mais ça c'est le réchauffement et ça fait longtemps déjà qu'on en parle. L'ordinateur lui-même à souffert, les résultats en laboratoire ne sont plus stables, les fusibles disjonctent, le coeur du réacteur en fusion... Ne suffit pas d'une manifestation.  

30/04/2017

Bleu marron

Le front de l'air est frais. Ce dimanche, 21° à Lîdje, 16° à Avignoùn. Cherchez l'erreur ! Les tendances inversées, le pays renversé, on marche cul par-dessus tête.


Le front républicain, effondré, laminé, écartelé, se pince le nez pour aller voter. Il est pour tout dire inexistant. Son représentant est moins crédible qu'un commercial qui essaierait de vous jeter de la poudre à laver plus blanc que nul. Il ne vend rien, il ne propose rien, il ne fait rien. Il commémore sa propre victoire. Fleurs et couronnes sur la tête des morts et victimes d'une guerre, où il n'incarne aucune forme de résistance. Ça frôle l'indigestion. Sur le pays divisé, il appuie. Manquerait plus qu'il essaie de nous faire avaler des pastilles de vichy. De force, parce qu'il peut devenir méchant, le garçon. Cassant, dans ses intonations, il serait bien capable de nous la faire à l'envers.

Voilà un moulin, qui brasse du vent et de l'argent, sans jamais parler d'écologie. Pas le moindre projet qui enflamme les esprits, sauf à diriger par ordonnances, à pourchasser les chômeurs. Aucun emballement à voter pour lui, aucun rapprochement salutaire. S'il pouvait donner au moins une bonne raison d'y croire, d'en vouloir ? Que nenni. Je suis, donc je suis, l'élu divin du premier tour. Hubert, prenez-en de la graine, l'avenir avec moi, ce sera micro rien pour tout le monde, sauf pour moi, à la une de gala. Il y a du tyran dans ce comportement et cet égo-là m'a glacé les sangs.

Faites gaffe, ça commence à se voir et se savoir. Aussi peu convaincant et aussi peu engageant, il ouvre un boulevard pour le front national ! Une digue a sauté. Pour ne pas être dindons marronés, combien d'électeurs écoeurés pourraient lui préférer marine ? C'est très perturbant ce nouvel engouement pour une femme, qui désormais rassure quand l'autre inquiète ! Logique cependant. Quand elle met de l'eau dans son vin, propose un premier ministre gaullien, qu'on n'appellerait pas gaulliste. Quand elle est à l'usine comme à la mer, elle nous mène en bateau. Elle surfe et recycle toutes les idées qui passent, en y mettant beaucoup d'émotion. Le pathos, faut admettre que ça plaît. Pouah, j'ai mal à la tête. Elle bat campagne, comme une politique sait faire. Et ce n'est pas un perdreau de l'année, fut-il excité, qui pourra la contrer. J'en ai peur. Tout le monde ici a peur. La situation est grave, les gens. Et ce n'est pas faute de l'avoir dit, depuis longtemps... Cassandre, je me sens parfois tellement.

Bien sûr, vous l'aurez compris, dans le Sud, je suis redescendue. Le train était à l'heure, l'ascenseur du quai 10 fonctionnait. Un voyage sans encombre, encombré seulement des valises des retraités prêts à se réfugier sur la Côte d'Azur. Soyez sans crainte, ils n'iront pas plus loin. Nul privilège n'est menacé. Gronde seulement cette sourde menace d'un pays qu'on enchaîne, où les gens n'osent plus se regarder. Qui a voté quoi ? En Vaucluse, c'est noir, partout. Sauf à Avignon, bien sûr. Un peu partout, ailleurs aussi, heureusement, fleurissent encore des "phi" comme des signes d'amour et d'espoir qui ne s'effacent pas. Sur une gouttière, au coin d'un trottoir, au péage de l'autoroute. Au centre d'un rond-point, un panneau en grand, "nos ancêtres ne sont pas tous gaulois"! A l'abribus de Maubec, quelqu'un a écrit et posté, un long poème, qui parle de soleil pour tous et de jours meilleurs, signé anti-f-haine. Dans la ville, dans les champs, le chant des partisans s'entonne déjà. La campagne se prépare pour les troisième et quatrième tours. D'ici, là, on aura encore mal au crâne, et la nausée, et mal au coeur.

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Allo, la France insoumise... ? 

25/04/2017

Bleu insoumis

Alors, j'ai repris mon coeur en main. Respiration et concentration. Pour évacuer le stress, cohérence cardiaque, dit le docteur, qui est une doctoresse sans tresses. Plus facile à dire qu'à faire. Car, voyez-vous, ce qui ne m'indiffère pas me transperce. Et l'état du monde m'inquiète. C'est idiot, c'est comme ça, je n'y-peux-n'y-maille. C'est du wallon-de-russie —ou je ne sais nin— qui me vient de loin, certainement des ancêtres de la plaine, de ceux qui ont migré. Parce qu'il se trouve que, oui, les gens bougent, et ce depuis des millénaires !

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Zone de tournage v/chantier à ma fenêtre
Parfois, je me fais des films  !

En ce printemps très incertain, le choeur de la France insoumise m'a mis du baume en coeur. Mélenchon —avec un e— m'a fait un bien fou ! Je me suis régalée de tant de gens réunis à Marseille, de ce discours de paix, aux accents gaulliens, sur la Canebière, mes frères. Tant et tant de gens sur la plaine de Filtres, qui est une Prairie, à Toulouse, avec ce beau discours aux accents de Jaurès, né à Castres non loin de là. Vingt-deux ans me séparent du Tarn et de l'Aude, de mes rêves d'en-France. En couleurs virtuelles, aux visages réjouis, j'ai revisité la France, celle que j'aime, que j'ai aimé. A Lyon, à Dijon, à Lille au Zénith, où je suis passée le mois dernier. A Paris, au quai Valmy, une dame portait une brassée de lilas blancs, et comme j'aime ça. A la Bellevilloise, où je fus il y a 5 ans déjà. Tant de lieux emblématiques, avec des gens, plein de gens, souriants, espérant, rêvant d'un monde à construire et à réinventer. Un monde résolument différent. Comme j'ai aimé ça ! Comme si je retrouvais une famille, ma vraie famille, celle des idées déclinées, des poèmes récités, des chants de résistance. De l'écologie comme une évidence, et une belle intelligence collective, avec des vidéos bien montées, des jeux malins, de l'imagination au pouvoir. C'était tellement enthousiasmant, que mon coeur s'emballait trop souvent...

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A Marseille, on a rêvé la vie plus belle !

Bien sûr, il a fallu que le rêve s'arrête. Le réveil fut brutal. J'en suis encore tout groggy. Et là, me voilà plongée en plein cauchemar. Enfin, eux, nous, tous ! Quel enfer, la peste brune s'est infiltrée partout, pestilentielle. Et face à elle, n'importe quel singe avec un chapeau ferait l'affaire, aurait dit ma mère ! Parfait, en voici justement un. Un qui zézaye, qui tient des discours abscons, et c'est pourquoi sûrement on l'appelle comme ça. Il ne dit rien qui soit intelligible, ni surtout intelligent. Il cherche encore ses mots, son programme, il dit un peu tout et son contraire, il est parfaitement aux affaires, surtout financières. Un doute m'habite, il se dit que ce serait une marionnette. Un pantin aux mains d'un ventriloque qui se nomme CAC-CARANTE ? Oui, de fait, ça pue.

Alors, calme-toi mon coeur ! Matilde est revenue, ma famille retrouvée, je ne vais pas la lâcher. D'ailleurs à Avignon, je suis rassurée, les Insoumis sont victorieux. Et partout, les jeunes (18-24 ans), ce qui est très encourageant pour l'avenir mais rageant pour l'instant. D'autres combats nous allons menés. Enfin, nous ? Surtout eux. Parce que moi, je vacille beaucoup plus qu'avant. La flamme n'est pas éteinte mais il faut l'entourer de beaucoup d'attention. Bon, les gens, demain je descends le temps d'une campagne qui s'annonce très polluée. Mais Mistral va balayer tout ça ! Et puis je remonte, vite fait, le 7 au matin, avant que la haine ne referme l'espace Schengen. El pueblo unido jamas sera vencido, comme dirait les Latinos. Mais, c'est vrai, j'oubliais, la France ne sera jamais membre de l'alliance bolivarienne et c'est bien dommage pour la Guyane...

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Pour soigner mon coeur... une attention particulière de ma fille. 
Je me demande si je ne vais pas migrer par là !

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03/04/2016

Histoire d'eau...

La nuit je mens, je prends des trains à travers la plaine... Le jour je mords, je prends des trains à travers la haine. Dimanche dernier, je suis remontée. Le monde à l'envers. Quittant le ciel gris sous la pluie, je suis arrivée sous un ciel azur de trainées lézardé. Traversant la Hesbaye, magique et magnifique, un coucher de soleil bleu-violacé, rouge-orangé d'éoliennes ponctué, laissait penser que les centrales nucléaires s'étaient arrêtées. Qu'il est beau mon pays rêvé !

Cent minutes plus tôt, à la gare du Zuid, l'ascenseur du quai douze était comme d'habitude en hors service. Celui du quai quatre aussi mais j'avais réussi à descendre quand même, échappant à la horde de policiers qui se ruait vers moi. Ils se sont engouffrés sur le tapis glissant, sans déraper, poursuivis par des militaires trop lourdement chargés pour courir. Vous manquez d'entraînement les gars ! Derrière eux, une poignée d'agents de sécurité peu pressés fermaient la marche. Bref, la moitié du dispositif de sécurité de la gare mobilisé pour une intervention à laquelle j'ai échappé, sans savoir pourquoi. Et je ne le saurais jamais. Je suis restée une heure à attendre dans le courant d'air, pas trop rassurée. Torticolis garanti sous mon bleu manteau. Bienvenue en absurdité. Au même moment, je l'ai appris plus tard, des bras-levés-de-noir-tout-gantés manifestaient sans être inquiétés. 

Depuis, je ne cherche plus à penser, ni à comprendre. Ma capacité à m'indigner est à chaque jour dépassée par les événements. Quelques amis ont déménagés, vers des cieux plus cléments ou seulement pour changer d'air. Ce premier avril est propice à la migration des saumons. Toutes les infos sont vraies, aucune ne paraît crédible. Tout ce qu'on nous raconte est tellement gros, énorme, hénaurme, impensable, délirant. Dans quel monde vivons-nous ? 

Tiens, me croyez-vous si je vous dis que j'ai été me tremper dans la mer méditerranée ? Et qu'elle est glacée, et que je n'ose imaginer ce que ressent un réfugié syrien qui tombe à l'eau. Me croyez-vous, si je vous dis que j'ai mis les pieds dans le gardon, sans autre intervention de la police ? Que mon action pacifique n'a pas généré plus de réaction qu'un ballon à la dérive ? Et si je vous dis que c'est une jeune fille, même pas voilée, qui a eu le courage d'aller le chercher sous le regard atterré des garçons qui —par dépit sans doute— lui jetaient des pierres ? Je vous mets des photos, que vous jugerez utiles —ou pas— de poster sur les réseaux pour faire le buzz. Mais je peux très bien m'en passer ! D'ailleurs, je vais arrêter de consulter ce fil-de-bouc, qui me tient la patte, m'empêche d'écrire, me fait déprimer, me fait radoter. Cherchez l'erreur !

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En avril, ne pas s'éloigner d'un fil...

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Deux flamants manifestant pacifiquement...

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Sous le pont d'Avignon...

 

07/12/2015

Plusieurs nuances de bleu

A celles qui posent la question, oui, le ciel est encore bleu ! Mais teinté de gris, et ce dimanche, la pluie s'est invitée. Une sale pluie qui mouille comme en Nord-Picardie, et comme partout. Une pluie collante, qui suinte et s'infiltre. Une digue a cédé. On ne sait pas trop quand mais elle s'est rompue. Le flot est impressionnant, dégoulinant, dégoûtant. La marée monte, qui va pouvoir la contenir ? Il y a désormais plusieurs nuances de bleu. Du marine au royal, du ciel au bleu nuit. Le soleil se couche, faible lueur rouge, à peine rosée. Ami, entends-tu, le vol noir des corbeaux sur la plaine et les cris du fin fond des calanques ?       

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A ceux qui s'interrogent, oui, le voyage s'est bien passé. Voyage allongé, sans café serré, la faute aux contrôles de sécurité. Encore peu rodés, les policiers plein de bonne volonté ouvrent les valises à tâtons. S'en suit, une heure d'attente dans le froid d'un grand hall, privé de sièges, de distributeurs et même d'ascenseurs. Heureusement que le lift du quai 15 fonctionnait, pour une fois. On ne peut pas tout avoir en même temps. Seule une publicité défile, pour visiter... la Tunisie, le pays authentique supposé nous réchauffer ! Des files à l'entrée mais plus de douaniers. La routine s'installe, l'habitude reprend ses droits. J'observe.

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C'est glauque le hall d'une gare !

Comme à chaque fois, je guette, le regard en alerte. Peu de couples, quelques femmes seules, et il me semble beaucoup de jeunes gens, isolés, basanés, plus qu'à l'accoutumée. Ne pas flipper. Ils ont été longuement interrogés, me dit mon voisin, un ancien qui s'étonne de tant de précautions discriminées. Le niveau est revenu à 3, ce qui signifie probable et non plus imminent. Il faut lucidité garder. En voilà un que je reconnais. J'ai vu son portrait à la une. C'est lui ! Ou son frère ! Ou pas. D'ailleurs, il me revient que celui-là décéda... Ce n'est donc pas lui. Ne pas penser, ne pas se focaliser. Descendre le bébé d'une femme à peine voilée. Gérer les bagages de deux pintades lyonnaises qui s'incrustent dans le couloir. Allez donc demander au terroriste caché à la rangée 4 si vous pouvez déplacer son sac plein de gravats pour y glisser votre valise ! Un voyage à l'ordinaire. Brumeux, plus qu'à l'ordinaire. Enfin, apercevoir le Ventoux, nappé d'un délicat velouté. Laissez-moi rêver...

Du bleu partout, surtout samedi, et puis dimanche. Lundi aussi, en terrasse, prendre un thé. Et mardi, en terrasse, déjeuner sous un platane défeuillé. De soleil se laisser bercer jusqu'au coucher. Mercredi, traverser la Crau et la Camargue automnales. Festival de couleurs, ocre et violine, rouille et vert olive, jusqu'aux Saintes. Inutile de prier, l'église est fermée, la ville abandonnée. Point de touristes, quand on sème la terreur. La mer est grise, le port est désert, le silence et les oiseaux sont revenus. Au bar du pêcheur se régaler d'un bar. Appuyer sur pause. L'acceng chantant, le temps des questions innocentes. Vous voyez la boulangerie à côté de la mosquée ? Pardi, c'est ma belle-soeur ! C'est l'heure avant l'heure. Incertaine. Au musée antique, s'évader.

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Quelques belles nuances de gris-bleu

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Ville sans âmes

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Décor en carton pâte

Ensuite dans ma cité illuminée, aller se promener. Frisonner, sourire et retrouver une amie attablée. Au marché de Noël s'égarer. Les santons sont tristes cette année. Les chalets ne sont plus blancs mais bruns, ici comme partout. Les militaires sont armés, les effectifs dédoublés. Le square est fermé, pour une durée indéterminée en raison des événements, est-il précisé. Sur la place, le téléthon bat son plein de générosité et de solidarité, qui me redonnent à espérer.

Vendredi, à l'Université, je suis retournée. J'ai passé le check-point à Saint-Lazare, mon sac fouillé, ici comme partout. A la bibliothèque me réfugier, dans les livres me plonger. Entre musique et Orient, s'immerger. Croiser un étudiant qui étudie les enceintes fortifiées de la Grèce antique. Evoquer Mycènes, se souvenir du Péloponnèse. Se demander quand on pourra y retourner. Et si la guerre de Troie va durer longtemps ? Tout semble comme avant et pourtant tout est différent. 

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Ancien hôpital devenu faculté universitaire, un endroit où apprendre à penser l'universel. 

14/11/2015

Paris for ever

Le monde était en guerre, et nous, on revenait du concert. C'était une soirée où le vent s'était levé frissonnant, annonçant l'hiver. Au Philharmonique de Liège, ils jouaient Saint-Saens. C'est là que l'orchestre prend tout son sens, me soufflait l'étudiante, au pigeonnier bien installée. A la jumelle, admirer le premier alto et un très beau violoncelle, observer la blonde au basson et la japonaise en équilibre sur sa chaise. Au concert, on se divertit comme on peut ! Surtout quand on joue des pièces virtuoses d'Eugène Ysaye, qui s'est invité comme régional de l'étape. Et j'ai même ri, j'avoue, en pensant au post que j'écrirais, en rentrant, à mon ami du vendredi. Il est aussi cruel de passer Beethoven après Ysaye, que de passer U2 après Machiavel ! Musicalement s'entend. Or donc, la 8e de Ludwig était parfaite, harmonieuse, équilibrée, puissante, dynamisante. J'attendais confusément le deuxième mouvement de la 7e, j'espérais opportunément le final de la 9e. Quelque chose comme un hymne à la joie qui ne viendrait pas. Mais non, à ce moment-là, la 8e apportait juste une sorte de plénitude. 

En descendant du 6e par les escaliers, à défaut d'attendre l'ascenseur, je me demandais ce qu'on trouverait au 5e, au 4e, au 3e, au 2e, au 1er. Porte close ou porte ouverte ? Forcément, en cas d'incident. Je pensais à l'évacuation forcée d'un pareil bâtiment en plein concert. Et l'étudiante, qui a étudié la construction de l'opéra d'Avignon, me rassurait sur la conception des étages et l'importance des issues. Parvenues à la rue, il faisait noir et humide. A peine 22 heures. Arrivées sur le boulevard, le vent mauvais s'engouffrait. Le bus 4 est arrivé rapidement, à l'appartement nous sommes rentrées. Sans aller boire un verre, comme un vendredi 13, très sage. 

Le monde était en guerre, sur les écrans bleus, les sirènes pleuraient. Je n'ai rien posté que des larmes et de l'effroi. Le décompte des chiffres qui tombent. La carte sous les yeux, du 10e au 11e. Où est Voltaire par rapport à Cambronne ? Et merde. A côté, dans la rue de Belfort, on logeait. L'étudiante n'était encore qu'une écolière, et Paris on découvrait, à pied, en bus et en bateau à voile! Un jour, on fera le tour du monde... Les cafés du quartier on essayait, plus souvent on évitait. La vie nocturne, avec un enfant, ce n'est pas évident. Et puis, on n'a jamais été sorteuses les deux.

Mais ce soir, on a des places pour un concert de rock. Un concert de métal, qui fait mal. L'envie d'y aller est partie. L'obligation de ne pas renoncer est restée. Résister à la peur, enfiler un gilet pare-balle sur la colère et l'absurdité d'un monde en guerre. Continuer d'aimer Paris, d'aimer la vie en musique.


28/06/2015

Moderato

Vous mettre du bleu ? Comment dire... le stock vient à manquer, même en été. Ici, vous aurez remarqué que le ciel est blanc, même par beau temps. D'ailleurs la chanson ne dit-elle pas que ceux du Nord ont dans leurs yeux, le bleu qui manque à leur décor? Je confirme qu'ils ont même dans le coeur, le soleil qu'ils n'ont pas dehors. Mais tout ça ne fait pas de belles photos ! Alors, on peut toujours essayer de raconter des histoires, de les mettre en musique...  Extraits choisis.

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... el pueblo unido jamas sera vencido...

Acteurs des temps présents, en lutte devant le bureau de l'agence fédérale au service des capitaux de l'agro-alimentaire. Défendre la production de herve au lait cru, un fromage qui pue bien de chez nous, c'est préserver autant notre culture que de notre agriculture. Au combat, j'ai retrouvé un fromager à la barbe fleurie et un ami, un frère, un agitateur professionnel jamais en cessation d'activité. D'autres encore, à la voix rocailleuse et à la main caleuse, pour évoquer des moments épiques à Libramont ou à Ciney, j'y étais ! Des moments que les moins de six ans ne peuvent pas connaître. Je suis étonnée comme tout est si vite oublié, effacé, ignoré. Comme si tout ça n'était jamais vraiment arrivé. Et pour la Grèce, vous irez manifester en tracteur ?

Depuis que je suis revenue et installée (le bien grand mot) à Liège, le passé me revient par bouffées. Ma mère et ma grand-mère en bord de meuse-sans-muse. Mais aussi Madeleine et son fromage de Battice, Eric et ses valeureux trébuchants, Gustav et son bavardage, Sven et son bureau en face de la gare, Nicole et son Beau-Mur, Dominique à Lannay, le CRIE sans crier gare, le développement durable d'avant qu'il soit durable, l'Agenda 21 d'avant 2010. Si j'ai des racines ici, toutes les boutures n'ont pas pris.

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  Eugène Pointbarre

Face au conservatoire, l'étudiante espère, hésite, souffre en silences et notes en attente, à chiffrer et déchiffrer. Le résultat, qui sera une résultante, ne tombera pas avant mardi soir. Là où l'apprentie kiné a réussi son année et son intégration au carré ardent, l'apprentie japonisante va passer l'été à faire des gammes et des games aussi. Point d'orgue et suspension ad libitum. Les roses parfumées apportent un peu de douceur dans ce monde de brutes. Les roses de Taxi Téhéran apportent un peu de baume sur nos coeurs meurtris.

IMG_1969.JPGLa tour des finances qui monte, qui monte... 

Fin juin, il faut la remplir, la déclaration ! Rentrer les papiers, faire les décomptes. Jongler avec les comptes ouverts et les découverts. Equilibre sur un fil tendu. Il faudra bien pourtant que je contribue à l'achèvement de la tour qui se dresse désormais dans le paysage mosan ! Encore une année où je n'irai pas manger à la capitainerie du port. Il paraît qu'on y rencontre des gens qui comptent et sur qui compter, des gens importants et qui importent dans le pays. Sans le sou, comment voulez-vous vous intégrer ? Alors, j'ai essayé l'opéra. Le pigeonnier pour dire de m'amuser et à l'improviste, parce que j'adore ça ! Même qu'on y parlait d'amour, façon farce. 

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Silence, on tourne ! 

Klaxons devant chez moi, la mariée est trop belle pour toi. J'adore la voiture, je n'ai pas vu la tête du marié. A chaque samedi, la même histoire, la même illusion, le même espoir. En noir, en blanc, en mixte. Tous sont toujours aussi gais mais je n'ai pas vu encore de couples homosexués.  Il faut dire aussi qu'on est devant une église et pas une mairie ! Le pape François a beau faire des efforts en matière d'écologie, il reste encore du chemin à parcourir à la curie. Et dans les têtes. Alors, tous et toutes vont à la fête, ici, comme il se doit, au village Gaulois. Jusqu'au 14 juillet, Liège redevient française, comme du temps de ce bon bonaparte ! Une nouvelle occasion de boire du pêket, et des bières, et du vin, sur la place saint-Paul, illuminé à Damas, tandis qu'on massacre indifféremment chrétiens et musulmans, kurdes et coptes, juifs, bronzés, ouvriers, athées et mécréants. Buvons un coup, buvons en deux, à la santé des femmes et des étoiles, nom de dieu !

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Quand Tchantchès s'en mêle...