11/01/2018

Un et huit font l'an neuf

Déjà un mois passé, une année au calendrier, une page s'est tournée. D'avoir tardé à écrire, pouvez-vous me pardonner? Du Japon, l'étudiante est rentrée, en bonne santé, un peu déboussolée, s'exprimant par onomatopées, souriant gentiment en inclinant la tête mais ça n'a pas duré. Les lumières sur la place brillent toujours, le sapin dans la cour se maintient, la neige a rapidement fondu, noël s'est dissipé. Les soirées j'ai prolongées, avec des réveillons sans bouchon. De rapports à boucler en dossiers à terminer, les heures ont sonné sans compter. Il y avait bien plus de douze coups. 

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Cerisier du Japon, au Japon !
En fleurs à Tokyo, fin décembre
(variété spéciale, photo© de l'étudiante)

Quand l'heure vient, personne n'est jamais vraiment prêt. Une amie pour une opération, en confiance, est partie. Le voyage a mal tourné, infectée, réopérée, bien puis mal soignée. Elle a passé le mois de décembre à décliner avec le jour. Rien de tel qu'un hôpital pour être incertain du lendemain. A la Saint-Stéphane, qui est aussi comme chacun sait la Saint-Etienne, elle s'est éclipsée sans attendre l'année nouvelle. Elle avait un coeur gros comme ça et peut-être que —vraiment— ça ne se guérit pas...

A Saint-Rémy, qui n'est pas en Provence, dans l'église, en blanc avec du noir, éviter le fou-rire. Se rappeler pourquoi des cérémonies laïques j'ai voulu ordonner. Non, décidément, la grand messe, avec récupération des ouailles, quête et prières imposées, est un exercice bien dépassé. Un autre hommage, plus conforme à la personnalité disparue, aurait pu être rendu. A l'issue de la cérémonie, des civils mieux inspirés se sont heureusement montrés plus convaincants. Et la défunte —fait très étonnant— avait elle-même écrit un texte d'une belle profondeur et d'une grande tristesse. Dernière pirouette d'une comme aucune, qui aimait tant rire de la vie. Certains parfois se préparent mieux que d'autres.

Après le cimetière, la bouffée de souvenirs, l'oppression du temps remonté, la plongée fut plus vertigineuse encore à revoir des amis anciens, des visages familiers devenus ridés. Mettre des noms oubliés sur des traits fanés. Combien d'embrassades et de questions ? Parler à celles qui m'espèrent en Avignon, à ceux qui me savent à Liège. D'autres ignoraient jusqu'à mon départ de la néoville, depuis trois ans et demi, quand même ! A mes côtés, l'étudiante lumineuse, en jeune adulte présentée. Ce retour, en des lieux trop longtemps hantés, avait quelque chose d'halluciné, comme un rêvé éveillé. Appuyer sur la touche escape.            

Retour à Liège. Le chat s'évade toujours aussi facilement et rien ne change vraiment. Alors que les jours rallongent enfin, que le gris est toujours aussi gris, qu'on guette la moindre éclaircie, qu'on se réjouit de l'absence de pluie, on se demande de quoi sera fait dix-huit. Et quand on pourra redescendre au bleu. Et quand l'étudiante pourra retourner au Japon. La vie qui continue. Avec ses interrogations, ses soucis, ses emballements, ses espérances et ses incertitudes. 



Bono Annado ! 
...et pour le même prix,
je vous mets un Bono jeune.


Comme on dit en Provence : "A l'an que ven ! Se sian pas mai, que siguen pas men". Ce qui signifie, vous l'aurez compris : "A l'année prochaine ! Si nous ne sommes pas plus que nous ne soyons pas moins"... Et j'en connais déjà qui vont augmenter le quota! Très sincèrement, souhaiter que votre année soit douce et légère !

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11/10/2017

Bleu d'ici est vert ou gris

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Quelques signaux de fumée pour vous rassurer. Je suis bien rentrée, remontée, bien arrivée, en passant par Amiens, Arras et Lille. Sans encombre ni embarras me voilà ! Loin déjà, la grande bleue et les bains de mer aux Saintes, l'eau salée, les huîtres de Bouzigues, le picpoul, les aulx et le turbot. Retour au turbin ! Bonjour les poires, les noix, la foire d'octobre et la bière à flot, la flotte et le vent sans nom.

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Cueillies du matin à l'étang de Thau

Illuminée la Cité, ardente comme souvent. Grimper dans les coteaux à la nuit tombée. Traverser la ferme à la vache. Découvrir la grande cour du palais, qui n'est pas des papes. S'étonner de tant d'accents chantants, du flamand au catalan. Croiser des gamins bruyants et des pépés haletants. Assister à un mariage de nuit, ouvert à tous. Entrer dans une librairie magique qui propose des collections inconnues. Se voir offrir du thé à la menthe dans une église transformée en lieu de contes... bien que cette dernière destination n'ait rien d'exceptionnel. On nous raconte tant d'histoires depuis si longtemps! 

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Ceci n'est pas le Palais des papes

Toujours à l'affut de nouveauté, et pour changer, manger un mezzé, reprendre la navette fluviale pour traverser la Meuse, qui n'a rien à envier à la Durance, sauf que de l'autre coté on n'y trouve aucun village perché, juste un musée bien caché.

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Baignade interdite

Emprunter la nouvelle passerelle qu'on dit belle et liégeoise, retourner vers la gare qu'on dit belle et de Calatrava, ne pas remonter dans le train mais s'arrêter sur l'esplanade, qui n'est pas un centre commercial. Observer les jeunes arbres qui y sont plantés. Les feuilles commencent à jaunir, je les reconnais, ce sont des mûriers-platanes ! Comme promis à l'une, en voici un. Celui-ci a plus de cent ans !

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Au bar du pêcheur, poussent
des bars, des dorades, des rougets,
de la baudroie et des mûriers !
C'est le Sud, qui me manque déjà.

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Des nouvelles de l'étudiante : qui va bien, étudie beaucoup, sort peu, côtoie des étudiants australiens, canadiens, californiens, londoniens, italiens, toulousains. Elle parle indifféremment français (forcément), anglais (couramment), japonais (obligatoirement) !  

05/08/2017

Bleu décalé

Cette année, je n'y étais pas. A la foire aux bestiaux. Par écran interposé, j'ai vu des beaufs traire des vaches. "Des veaux bleus, regarde", disait le directeur d'école qui se prenait pour mon grand-père. Je l'ai tant détesté pour ce mensonge éhonté. Aujourd'hui, pourtant, ils sont là, sous les yeux étonnés d'un fermier, désormais muet, sous une lumière orange qui va virer à l'orage. Le temps a passé. A l'été, les ministres se mettent à changer. J'ai vu le benêt ardennais sous son bonnet, au fourneau, se prendre pour un chef cuistot. Aujourd'hui, il nous sert la soupe à la grimace.

Cette année, je n'y étais pas. Au stade royal enflammé en soirée. Par écran interposé, j'ai vu le ciel rougeoyer, Bono déchaîné. Mes pieds reposés. Je n'ai pas eu à piétiner devant l'entrée, à franchir les barrières, à m'engouffrer dans les bouches de métro engluées, à traverser la ville esseulée. Passer la nuit à chanter, passer la vie à danser, à guetter a face in the crowd. Un concert se mérite. Celui-là est gravé.

Cette année, je n'y suis pas vraiment. A l'été, les jours trop chauds, les nuits trop chaudes, les matins frais, la pluie drue et tiède, le vent impatient. Les nuages qui repartent, qui reviennent, qui s'évitent. J'apprends à jongler. Le rythme est un peu chaotique. Je vais au boulot, un jour en voiture, un jour en bateau. Deux jours de repos. Je visite des collégiales transformées en cathédrale. Je relis l'histoire du rock en douze volumes, je recompte les devises, je raconte les dérives. Loin des senteurs de lavande et des vendeurs de cigales artificielles, je passe l'été à ruminer.

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Palais qui n'est pas des papes !

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12/05/2017

Bleu nuageux

Alors, comme promis, je vous avais dit, elle n'est pas passée ! Et je ne suis pas remontée. J'ai laissé filer, délaisser, le temps détrempé. Détrompez-vous, ce n'est pas l'ennui, c'est l'envie de rester. Briser la règle, recouvrer un peu de liberté. Respirer, calmer ce coeur qui s'écoeure, ces tempes qui s'estampent. Guetter le bleu entre les nuages, et toujours pas d'images. Vivre au Sud comme au Nord, à profiter de chaque éclaircie. Comme c'est étrange, comme le climat change. Ou alors seulement que je vieillis... J'ai les mots, plus les photos.

Mistral s'invite, et tout redevient bleu. Mistral s'évite, et tout redevient gris. Le vent s'inverse, la vie s'averse. Je devrais écrire des chansons. Puis, les chanter pour justifier l'ondée. Décapotée la voiture jusqu'aux Saintes, Miréio sans chapeau imprudemment décoiffée. Les pieds, entre les rochers, dans l'eau claire se baigner, aurelia aurita près de moi. Ne plas glisser. Assurer, assumer. J'ai opté pour la casquette d'acteur des temps présents, celle qui me fait croire que j'ai encore un rôle à jouer. J'ai levé l'option sur la maison. A Vaison, il y a des rêves qui s'échappent, n'en finissent pas de s'évaporer. Me sens un peu déprimée par ce printemps mouillé. Alors, je retourne à l'Université. 

J'arpente les rues ensoleillées comme les rayons emplis de bouquins sur le Japon. J'admire les murs dorés de la faculté, la lumière tamisée qui berce cette insolente jeunesse. A la photocopieuse, trois mille ans de peinture chinoise et une étudiante chinoise, qui m'interpelle. Elle rêve de gestion, de son pays qui lui manque, d'ici peut-être et demain ailleurs. Elle parle aussi bien français que ma fille désormais parle mandarin, enfin, je voudrais bien. Le festival se prépare, son départ s'organise. L'été sera chaud cet année.

Pour changer, j'ai réussi à voir une pièce du festival off avant le off ! Il paraît qu'on aurait vendu le pont d'Avignon mais c'est tout faux. C'est pour rire et pour sourire, avé l'accent. Avé les chansons de Mireille aussi.  Hé oui, entre le Rhône et la Durance, elle a chanté, par ici, pas seulement à Osaka. C'est assez bien vu, ma foi, ce qu'on entend quand on arrive au pays des cigales. Quand on débarque pour la première fois dans cette ville en quête d'un logement. Pour y rester, s'y installer.  Putaing cong, bientôt cinq ans! Et toujours sans raison, ni racines, me manquent les rimes. Alors, je retourne au jardin agricol, avec son air anglais et son clocher perché. Je vais humer les roses. Elles ne sont pas bleues, je vous rassure. Elles sont jaunes, et rouges, et roses, et flamboyantes. Je cueille l'espoir à pleines gorgées. Ne sais quand remonterai...

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Rrose Sélavy

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hé hé, on dirait que les photos revivent...
Patience, les autres vont suivre !

 

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25/01/2017

Dans 120 ans...

Ce 25 janvier, ma mère-grand à moi qu'on appelle grand'maman, qui fut ma mémé et même plus, aurait eu 120 ans ! Imaginez la vie à 120 ans, sans toutes ses dents, sans toute sa tête, sans plus d'amis. Avec seulement de vagues souvenirs d'un temps où il n'y avait ni avion, ni télévision...

A Liège, elle est passée, la première guerre a traversé. Sa mère mourant d'anémie. Pernicieuse. Il y a cent ans. Je ne sais pas où elles vivaient, ni le quartier, ni la rue. Ne surnagent du récit que l'académie des Beaux-Arts et l'hôpital des Anglais, dans une ville arpentée pour chercher un morceau de viande entre deux cours de danse. 

A 25 ans, un mariage. A 30 ans, deux enfants. A 35 ans, un veuvage. Entretemps, un commerce de thé en vrac, de porcelaine en stocks. Chine et Japon, déjà ! Pourquoi inventer cette chanson ? Voilà une étudiante qui ne sait plus rien de cette histoire et se prépare à japoniser. Voilà que je ne sais plus grand chose de mère grand. A la veille de la deuxième guerre, mal remariée, elle quitte la cité ardente. Sans regret. Elle devient bruxelloise d'adoption. Elle prend l'avion, regarde la télévision, découvre des émissions, écrit en anglais, s'évade encore... Que n'ai-je posé plus de questions ?

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09/01/2017

En attendant la neige...

Bientôt une semaine qu'elle est annoncée, les rues bloquées, les déssaleuses réquisitionnées, la neige va arriver ! Le froid déjà installé, il faut s'activer pour ne pas geler. Des courses à faire, entre midi et quinze heures, en éclair se faufiler. Nourrir les chats de la fille de la voisine, remonter le chauffage, puis remonter la rue pentue. Mais que cette ville est escarpée ! Exaspérante.

Sainte-Marguerite, Sainte-Walburge, Saint-Laurent, Saint-Nicolas, Saint-Gilles et Saint-Glinglin, priez pour nous ! Par monts et par vaux, je suis allée. Slalomer entre les quartiers comme autant de paroisses. Aimablement convoyée par la voisine, partir à la découverte des hauteurs de la rive gauche. Ô, pas loin. A vol d'oiseau, Rocourt, c'est très court. Mais quand il faut grimper, contourner, éviter, traverser, s'éloigner pour mieux revenir, que c'est loin justement !

Non, décidément, je ne m'y ferais jamais. Et même, je déteste ça. Des rues entières de maisons ouvrières enserrées. Des rues sombres semées de rares commerces. Une trémille par ici, une bretelle par là, des voies à sens unique et des giratoires en losange. Des courbes et des dérivations. L'air vient à manquer. Des quartiers en escalier, accrochés à flanc de coteaux, de terrils, de collines anciennes. C'est charmant ! Ce n'est pas Rome pour autant, ni même Athènes, à peine Marseille. C'est juste n'importe quoi, une ville que je ne comprends pas !

Au hasard, repasser par le Sud, non loin des vergers, reconnaître ce coin où poussent les chambres bleues. Au retour, revenir par le Nord, non loin des champs, reconnaître ce chemin où courent les renards en juin. C'est derrière chez nous. C'est bucolique par ici, insiste la voisine au volant, quand on descend du thier-à-liège et qu'on va promener son chien. Sans façon, merci bien. Mais que c'est haut pourtant ! Ou est-ce seulement que tout me paraît désormais infranchissable. A pied ou à cheval, j'ai si mal. Certaines villes se livrent mieux que d'autres. Celle-ci m'effraye de tant d'efforts à faire pour la parcourir. Sans jamais parvenir à l'adopter.

La neige est arrivée, les douleurs exacerbées. Les hauteurs sont glacées, les pavés glissants. Les rues en pente sont fermées, la batte dés-animée. Le beau-fils de la voisine a fait une chute de luge, la famille est rapatriée, plus de chats à nourrir. Fin des escapades. J'attends le printemps avec tant d'impatience...

 

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06/10/2016

Balance

Du miel et des amandes ! Il a suffi d'un sourire pour que la Grèce revienne à mon souvenir et que mon coeur s'apaise de tant de douceurs. Il est des espérances formulées à vingt ans qui renaissent au tournant de la vie, quand le ciel s'assombrit. Il fait gris, vous avez remarqué comme le temps a froidi ? Les réfugiés continuent d'affluer, la Méditerranée traversée. Mais où vont-ils se loger ?

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Ma vie mi-méli mi-mélo

La misère au Sud comme au Nord s'installe, durablement, du fait de gouvernements incompétents. Travailler plus longtemps, travailler tous, malades et impotents, travailler encore. Mais sans travail pour tous ! Cherchez l'erreur. Des retraites repoussées, des retraités poussés à la rue. Misère de nous. Des usines qui ferment à grand fracas. Des banques qui licencient à tour de bras. Jamais imposés les bénéfices exportés. Scandaleusement riches les toujours plus riches. Que vont nos vies devenir ? Et nos enfants, face à de nouveaux tourments. Le ciel s'assombrit, vous avez remarqué comme l'espoir se dissout dans le flou ?  Nous sommes tous des Grecs, aujourd'hui, comme hier, et demain à coup sûr.

Les Hellènes malins s'organisent à tour de mains, de circuits courts et de monnaies locales. Demain viendra de la proximité, des villes et des campagnes réconciliées, de l'autonomie régionale retrouvée. Mais combien d'années, de crises encore, de guerres même ? D'ailleurs, ne sommes-nous pas en état de guerre à voir les militaires qui arpentent le marché ? Les sacs fouillés, les activités annulées, les déplacements contrôlés, les domiciles visités. Vous avez une télé? Société hypercontrôlée et pouvoir virtuel hypercontrôlant. Welcome in 1984, Brazil disait le film. Le meilleur des mondes est ici, merci !

balais.jpgBalais à la rue du Palais

Pendant ce temps, l'étudiante a repris les cours de japonais, entrepris l'étude du chinois, se dit pourquoi pas. Les chats se réfugient sous les couettes, signe qu'il suffit peut-être d'hiberner pour que tout finisse par s'arranger. Mesurer sa chance à l'aune des détails qui émaillent le parcours. L'autre jour, j'ai pris un bateau-taxi personnalisé pour aller travailler ! L'autre soir, des amis à la Nuit des Coteaux sont passés. Autour d'un trio de jazz manouche se retrouver. D'un débat s'étonner, d'une chanson se réchauffer. Les amies reviendront, les amis aussi. A la foire d'octobre, à la fête foraine, au marché de Noël. Les mois défilent, au Sud redescendre, mais quand ? Ce blog manque cruellement de bleu. A Liège, je suis toujours en balance.

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  Selfie à l'ancienne...    

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